NOUVELLES DONNES STRATEGIQUES EN AFRIQUE
NOUVELLES DONNES STRATEGIQUES EN AFRIQUE
L’Afrique a toujours été vue comme la chasse gardée de la France. En effet, après l’indépendance des anciennes colonies françaises dans les années 1960, une série de traités bilatéraux ont été signés avec différents degrés de coopération militaire. La plupart de ces traités sont encore en vigueur aujourd’hui. Durant les années 1970, des anciennes colonies belges comme le Burundi, le Rwanda et le Zaïre, aujourd’hui la République démocratique du Congo ont noué à leur tour des alliances avec la France. Les relations personnelles entre les élites et les différents gouvernements français ont largement contribué à maintenir en Afrique l’influence française entre 1960 et 1990. Entre 1962 et 1995, la France est intervenue militairement à 19 reprises pour protéger la vie de ses ressortissants et de ses intérêts. En effet, 240 000 français y vivent et le continent africain est un grand fournisseur des matières premières notamment en pétrole et en métaux.
La France possède trois grandes bases françaises sur le continent africain à Dakar, au Gabon et Djibouti. Elle est engagée actuellement dans trois zones de conflits: le Tchad avec une base aérienne où stationnent des avions Mirage à Haji Kossei et 1200 hommes spécialisés dans les renseignements et dans la logistique. L’objectif est de soutenir le régime du président Idriss Deby Itno contre les rebelles tchadiens qui ont dissuadé par les avions militaires français d’entrer dans la capitale tchadienne, N’Djamena.
La France est aussi engagée en République de Centre Afrique dans le cadre de l’Opération Boali et du FOMUC. Sa présence dans ce pays est justifiée par une mission de stabilisation et de soutien au président François Bozizé qui lutte contre les rebelles du Nord et du centre et pour empêcher la déstabilisation du pays par le conflit du Darfour. En 2006, des avions de chasse et des hélicoptères d’attaque sont entrés en action pour dissuader les rebelles d’avancer vers la capitale Bangui.
En Côte d’ivoire, il y a 3 000 militaires français qui s’opèrent sous le mandat de l’ONU et jouent le rôle de force d’interposition entre les rebelles du Nord et le gouvernement de Laurent Gbabgo qui contrôle le sud. Des soldats français et des avions de transport de troupes sont stationnés sur les frontières du Togo comme force d’appui aux troupes françaises en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens voient dans la présence française une force d’occupation et même certains observateurs ont donné à la Côte d’Ivoire le nom de l’Irak de la France en Afrique.
Depuis la chute du bloc soviétique, l’impérialisme, freiné un moment dans son élan par une contre force, a repris depuis de la vigueur et il est entré aujourd’hui dans une nouvelle phase de son développement. Face aux forces de résistance qu’il engendre et l’énergie qu’il dépense pour maintenir le statu quo, l’ordre impérialiste a besoin d’une nouvelle répartition des rôles des acteurs et d’une nouvelle spécialisation des fonctions. Les anciens acteurs ne peuvent ni relever les nouveaux défis et ni surmonter les contradictions actuelles du système impérialiste. Sur le continent africain, l’ancienne puissance coloniale qu’est la France ne peut plus à elle seule assurer ce rôle de gendarme de l’Afrique. Les premières failles du système sont apparues durant les crises du Rwanda et du Zaïre entre 1996 et 1997 les forces françaises stationnées en Afrique se sont vu renforcer par des forces européennes, africaines et multinationales qui assurent le statu quo grâce à la mise en place de programmes de formation et d’assistance comme les programmes RECAMP( Reinforcement of African Peacekeeping Capacities) et EMP(Peaceking school) au Mali ayant la charge de former 800 officiers africains et une force d’intervention rapide de 20 000 hommes d’ici 2010. Cette approche multilatéraliste française a été dictée par les lois de programmation militaire visant la réduction des effectifs militaires mais aussi par la nouvelle logique impérialiste qui nécessite une nouvelle division du travail entre ses principaux acteurs. C’est à partir de cette nouvelle donne qu’il faut comprendre le multilatéralisme français et l’entrée en force des USA sur le continent africain sous le couvert de la lutte antiterroriste.
CREATION D’UN NOUVEAU COMMANDEMENT MILITAIRE AMRICAIN POUR L’AFRIQUE, AFRICOM
Le 6 février dernier, l’administration Bush a annoncé la création d’un nouveau commandement unifié appelé Africa Command ou Africom. Cette nouvelle structure viendra s’ajouter aux trois autres structures de commandement existant: European Command(EUCOM), Central Command(CENTCOM), et Pacific Command(PACOM). L’idée de création de ce nouveau commandement est motivée par le rôle stratégique de l’Afrique, la richesse de ses ressources naturelles, son instabilité chronique, ses conflits armés et ses guerres civiles, mais aussi la lutte contre la terreur et le sida. Les objectifs annoncés par le Pentagone visent à défendre les intérêts stratégiques des États-Unis en instaurant une collaboration plus étroite avec les États et les organisations africaines pour promouvoir la stabilité et la sécurité régionales. Le champ de compétence de ce nouveau commandement couvrira l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest(incluant le Golfe de Guinée) et l’Afrique centrale et du sud, notamment la Somalie, l’Éthiopie, l’Erythrée, Kenya, Djibouti, le Soudan. L’Africom viendra compléter s’ajouter aux activités du commandement du Pacifique ou Pacific Command(PACIM) qui couvrent Madagascar, les Seychelles et la zone de l’Océan Indien. Le président Bush a justifié la création de l’Africom par la volonté de mettre en commun les efforts et de promouvoir nos objectifs communs de développement, de santé, d’éducation, de démocratie et croissance économique en Afrique ». Un sous commandement provisoire mis la responsabilité de l’EUCOM basé à Stuttgart en Allemagne commencera son travail de mise en place de l’Africom pour devenir complètement opérationnel en octobre 2008. l’Africom sera dirigé, comme les autres commandements, par un général quatre étoiles et un adjoint du département d’Etat. L’équipe transitoire composée d’une soixantaine de membres, groupera des militaires et des civils provenant des départements d’État à la défense, à l’agriculture, au trésor et au commerce et le financement des missions du personnel non militaire sera assuré conjointement par les fonds de leurs ministères d’origine et par le Secrétariat d’État à la défense. La recherche d’un siège accueillant le commandement est en cours et des consultations préliminaires ont déjà commencé pour déterminer le lieu de l’établissement de l’Africom. Plusieurs pays ont été pressentis pour l’accueillir comme le Maroc qui a récemment démenti, Addis-ababa, la capitale éthiopienne qui est en même le siège de l’Union Africaine(UA).
L’Africom ne sera pas la première présence américaine sur le continent africain, car les USA disposent depuis 2002 d’une force d’intervention appelée Combined Joint Force Horn of Africa (CJTF-HOA) composée de 1700 hommes et stationnée à Djibouti au Camp Lemonnier. Cette force qui a pour mission de prévenir les conflits, de lutter contre le terrorisme et de promouvoir la stabilité régionale et la protection des intérêts américains en Afrique de l’Est et le Yémen exerce par ailleurs des activités civiles à travers des programmes d’aide dans les domaines de soins médicaux et vétérinaires, dans la construction des écoles et dans des projets de développement de l’eau. En décembre 2006, les USA ont nommé leur premier ambassadeur près de l’Union Africaine (53 membres) en la personne de Madame Cindy Corvil.
LE SOUDAN : L’IRAK DE L’AFRIQUE ?
Cette nouvelle stratégie américaine en Afrique est motivée par le contrôle des principales ressources naturelles puisque ce continent détient 99% des réserves mondiales du chrome, 86% de la platine, 68% du cobalt, et 54% de l’or avec d’importantes réserves en gaz, en pétrole, en Diamond, en aluminium, en bois et des grandes terres agricoles encore inexploitées. Mais pour y parvenir, il faut s’assurer le contrôle les pays et les régions stratégiques. Le Soudan, comme l’Afghanistan pour les ressources naturelles de l’Asie centrale et l’Irak pour le pétrole du Moyen-Orient, est appelé à jouer ce rôle, car il est ce carrefour stratégique qui relie la corne de l’Afrique, la mer Rouge, l’Afrique centrale et les pays du Magreb. Le Soudan est un pays à grand potentiel agricole et dont les sous-sols contiennent des grandes réserves en pétrole et en uranium. À l’instar des autres commandements, l’Africom est conçu comme cet instrument militaire au service des projets géostratégiques des USA en Afrique en commençant par la Somalie pour atteindre le Soudan sous prétexte de la lutte contre le terrorisme islamique. La stratégie américaine pour le Soudan est pratiquement la même que celle qu’avaient mise en œuvre les administrations Bush père et fils pour l’Irak. Elle consiste d’abord à internationaliser le conflit en mettant sous le contrôle de l’ONU, le Darfour qui servira de base arrière pour les futures opérations militaires contre le Soudan. Comme ce fut le cas avec l’Irak de Saddam Hussein où l’espace aérien du Nord du pays, sous prétexte de la protection des populations d’Halabja gazées par les produits chimiques, avait été placé, en instrumentalisant l’ONU, sous le contrôle des forces américaines et britanniques pour faciliter l’occupation du pays. Il n’y a pas de différence entre la stratégie anglo-américaine et occidentale en Irak qui avait mobilisé l’opinion publique internationale autour des populations kurdes du Nord de l’Irak, victimes des armes de destruction massive de Saddam et la propagande actuelle sur le Darfour. Comme pour l’Irak, les préparatifs militaires ont commencé par une campagne de propagande mondiale visant à préparer psychologiquement les opinions publiques, suivie par des résolutions de l’ONU et des menaces de sanctions économiques et politiques. Pour le Soudan, cela a déjà commencé avec la propagande internationale qui avance le chiffre de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Puis, il y a eu la résolution 1706 relative à l’envoi des forces de maintien de la paix au Darfour. Comme en Irak, le Soudan fait actuellement l’objet de menaces de sanctions qui commencent comme d’habitude par des sanctions économiques puis politiques puis militaires en brandissant le chapitre VII qui autorise l’emploi de la force contre un pays membre des Nations-unies. La stratégie américaine et anglaise, relayée depuis le Sommet du G 8 par le France qui a envoyé Kouchner à Khartoum pour persuader le président soudanais Omar El Bachir de p
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