LECTURE CRITIQUE DU RAPPORT SIPRI

Publié le par ELMIR

 
Ce texte propose une lecture critique du rapport annuel publié par l’Institut International de la recherche pour la paix de Stockholm(Sipri)
 
LIRE LE RAPPORT 2007 DE L’INSTITUT INTERNATIONAL DE LA RECHERCHE POUR LA PAIX DE STOCKHOLM(SIPRI) 
 
Le 11 juin 2007, l’institut International de la recherche pour la paix(sipri, Stockholm International Peace Research Institute) a présenté dans une conférence de presse, son 38e rapport annuel intitulé « Armements, désarmement et sécurité internationale. Comme tout rapport de ce genre, on a le droit à un inventaire qualitatif et quantitatif des principaux faits ayant marqué la vie internationale au cours de l’année qui vient de s’écouler. Le rapport contient quinze chapitres avec des annexes et une introduction du directeur de l’institut Alyson J.K.Bailes. Dans le cadre de cet article, nous avons choisi quelques chapitres relatifs aux conflits armés qui ont revêtu au cours de l’année 2006, une dimension transnationale comme les guerres d’Afghanistan et d’Irak et la Somalie. Il y a aussi un chapitre consacré à l’énergie et la sécurité énergétique, un sujet qui domine désormais les relations extérieures des États et il est devenu un enjeu stratégique et géopolitique majeur. L’auteur de ce chapitre a voulu montrer qu’au fur et à mesure de l’épuisement des ressources énergétiques, les tensions et les rivalités entre pays producteurs et pays consommateurs vont en s’exacerbant et ce sont les zones géographiques riches en pétrole et en gaz comme celles Moyen-OrientMoyen Orient, de l’Afrique, de l’Asie centrale, de l’Amérique du Sud et du Sud Est asiatique qui seront les zones les plus explosives dans les prochaines décennies. Un autre chapitre qui nous a paru intéressant, le chapitre huit, est celui qui est consacré aux dépenses militaires dont le montant a atteint en 2006 la somme de 1204 milliards de dollars soit une augmentation de 3,5% en une année et de 37% depuis 1997. Ce sont tout naturellement les USA qui arrivent en tête avec 432 milliards de dollars par an depuis 2001 consacrés comme chacun le sait pour financer les opérations militaires en Afghanistan, en Irak et dans la guerre contre le terrorisme international. On apprend par exemple que si la guerre en Irak se prolongeait jusqu’en 2016, les dépenses militaires américaines devraient atteindre les 2267 milliards de dollars. En même temps que les gouvernements consacrent des sommes colossales au budget militaire, le chapitre 7 du rapport établit une analyse des risques sur les vies humaines. Selon l’auteur de ce chapitre, les USA et l’Union européenne sont les principaux pourvoyeurs d’armes conventionnelles aux pays du Moyen-Orient, une région pourtant marquée par une instabilité chronique. Le classement établi par le sipri fait apparaître que 40 sociétés spécialisées dans la fabrication d’armements ont 63% des parts de marché, 32% pour les pays européens et 9% pour des sociétés russes.(chapitre 9 Arms production). Suivent d’autres producteurs d’armes comme le Japan, Israël et l’Inde. Quatre sociétés américaines, une Anglaise et une Italienne ont vendu pour plus d’un milliard de dollars en 2005 et 11 sociétés ont vu leurs ventes augmenter de 30%.
 
Se référant à des études réalisées par l’OMS, on apprend dans le chapitre consacré aux risques que parmi les dix principaux risques, quatre sont dus à la pauvreté à cause de la pollution de l’eau polluée et du manque d’hygiène sanitaire. Le rapport établit par ailleurs une estimation selon laquelle il est possible de sauver huit millions de vies humaines si l’on dépense seulement 57 milliards de dollars par an, ce qui représente une goutte d’eau par rapport aux 1204 milliards de dollars consacrés aux dépenses militaires. A cela s’ajoutent la rareté économique et la course pour le contrôle des ressources naturelles qui seront les principales sources de conflits et de violence dans le monde à venir.
 
LE NON-DIT DU RAPPORT
 
Ce rapport du sipri comme tous les rapports officiels produits par des organismes officiels ou non officiels, dépendant directement ou indirectement d’un financement extérieur public ou privé, souffre du manque de recul de ses auteurs et leur soumission aux normes dominantes imposées par les centres de recherche qui financent leurs travaux. Aligner des chiffres sur les dépenses militaires et dresser un constat désolant de l’extension de la pauvreté et de la faim dans le monde sans relier ces phénomènes au système économique et politique dont ils ne sont finalement que les épiphénomènes, c’est expliquer l’eau par l’eau, c’est-à-dire finalement ne rien expliquer du tout. Le rapport attribue en effet au pétrole, au gaz et aux autres matières premières, les causes de entre les Etats dans les prochaines décennies, mais il n’essaie pas de relier cette question à la logique de fonctionnement d’un système productiviste énergétivore fondé sur la surexploitation des ressources naturelles pour satisfaire l’appétit d’ogre d’une petite poignée de capitalistes. Le rapport soulève par ailleurs et à juste titre le problème de la pauvreté qui constitue un facteur de risque majeur pour la vie humaine, mais il n’explique pas ce paradoxe voire cette absurdité de notre temps qui dépasse tout entendement humain, de la paupérisation croissante des habitants de la terre dans un monde qui regorge de richesses et qui n’a jamais autant produit de moyens de subsistance. On aurait aimé voir les auteurs du rapport se pencher sur les différents mécanismes décrits par Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations-unies pour le droit à l’alimentation, du phénomène de la malnutrition dans le monde. Ziegler montre en effet qu’il existe actuellement 850 millions de personnes qui sont sous alimentées dont 70% de paysans alors qu’il y a de la nourriture pour 12 milliards d’hommes soit deux fois la population mondiale. Au Brésil, un pays agricole par excellence, sur 181 millions de brésiliens, 44 millions sont sous-alimentés et il est le deuxième pays le plus endetté du monde. Cette situation ubuesque est le produit d’un système capitaliste passé au stade de l’impérialisme et qui engendre par voie de conséquence de la pauvreté et de la polarisation comme les organes du corps humain sécrétant les hormones. Ce système économique et politique devenu planétaire oblige les pays du Sud dépendants de l’économie des pays capitalistes du Nord à orienter leur production agricole non pas vers une culture vivrière nécessaire à la vie humaine des populations locales mais pour satisfaire la demande d’un marché mondial dominé par les grands groups agroalimentaires. Au Brésil toujours, 16000 hectares ont été détruits dans la forêt amazonienne pour cultiver du soja destiné à nourrir les poulets européens élevés en batterie. Les cuisses et les ailes de ces poulets se retrouvent sur les étals des supermarchés européens et le reste des carcasses part en Afrique pour être vendu sur les marchés à des prix dumping qui ruinent le paysan local. Environ 350 000 hectares de terres agricoles en Amérique Latine sont affectés à la culture du soja servant à la nourriture du cheptel européen, alors que près d’un quart de la population de ces pays souffre de malnutrition chronique. La paupérisation n’est donc pas un problème régional ou transnational dont la solution dépend de l’aide au développement des pays riches aux pays pauvres mais elle est intrinsèquement liée à la logique d’un système fondé sur l’accumulation du capital et sur la polarisation qui en est la conséquence. Les responsables directs de la faim dans le monde actuel, ce sont l’industrie agroalimentaire mondialisée, l’OMC et la politique de dumping agricole de l’Union Européenne dont la Suède, siège du SIPRI, est membre à part entière.
 
Sur la question des dépenses militaires, le SIPRI se contente de produire des chiffres et d’affirmer que la course aux armements est liée aux conflits et aux tensions autour des ressources naturelles et de l’énergie. La lutte pour le contrôle des matières premières et la sécurité de l’approvisionnement des pays consommateurs n’expliquent pas tout La protection des sources d’approvisionnement en pétrole et en gaz est certes une question géostratégique et géopolitique importante et pour les USA et pour les pays européens. Mais l’enjeu dépasse largement la seule question des matières premières et la sécurité d’approvisionnement énergétique des pays consommateurs. Il faudrait intégrer cette question dans la visée hégémonique d’un système global, celui d’un système impérialiste qui veut dominer indifféremment et les hommes et les richesses naturelles sur lesquelles ils sont assis. C’est cette volonté de dominer la terre entière qui favorise la course aux armements et non pas seulement lle contrôle du pétrole et le gaz. Quand le chapitre 8 relatif aux dépenses militaires dit que les dépenses militaires chinoises augmentent très rapidement en 2006, faisant de la Chine le quatrième pays au monde en termes en dépenses militaires, il n’a pas expliqué pourquoi cette course aux armements de la part des Chinois. Les éléments de la réponse sont pourtant faciles à trouver quand on jette un coup d’œil sur la carte et quand la Chine, comme avant les pays du bloc soviétique, se trouve en ligne de mire de l’impérialisme capitaliste mondial mené par les USA qui, en installant leurs bases militaires dans l’Asie centrale, espèrent un jour abattre les murailles de Chine comme ils l’ont déjà fait en 1989 avec le mur de Berlin qui a sonné le glas du communisme du bloc soviétique. Le maintien de l’impérialisme comme tout projet hégémonique à prétention planétaire mise plus sur la force militaire que sur la puissance économique comme le montre l’augmentation exponentielle des dépenses militaires américaines malgré la persistance d’un déficit budgétaire record et une dette publique pharaonique. Si tel ou tel pays capitaliste du système impérialiste décide de baisser son budget militaire, ce n’est pas parce que l’impérialisme comme système global est en voie de dépérissement. Il y a seulement une nouvelle répartition des tâches entre alliés pour que le fonctionnement du système soit le plus efficace possible. Si le Japon, comme le mentionne le rapport, a décidé de baisser son budget militaire pour la cinquième année consécutive, ce n’est pas parce que ce pays est devenu pacifiste. C’est parce qu’il est impossible pour un seul pays de contrôler militairement la planète entière. Pour ce faire, comme le principe de la division du travail dans l’économie politique classique, il y a aujourd’hui une nouvelle division de travail entre pays capitalistes dans le domaine militaire où chaque pays ou groupes de pays intégrés dans des structures politiques et militaires se sont vu attribuer chacun une zone d’influence propre pour contribuer au bon fonctionnement du système global. Par exemple, il est stratégiquement plus efficace pour le Japon, vu sa proximité avec la Chine, de diminuer ses dépenses militaires globales pour les affecter au développement de nouveaux missiles de défense. On peut dire la même chose des pays européens qui n’augmentent peut être pas leurs budgets militaires à cause de l’appui des forces de l’OTAN en cas de besoin et parce que le niveau de leurs forces militaires est largement suffisant pour tenir en coupe réglée les pays qui se trouvent dans leurs zones d’influence traditionnelles. On a encore dans la mémoire la destruction de cette fameuse « flotte » aérienne ivoirienne qui était composée de deux avions MIG vendus par la Bélarussie. Jusqu’à très récemment, les USA n’ont pas éprouvé le besoin d’intervenir directement sur le continent africain, du fait de la présence de bases militaires françaises dans les lieux stratégiques de la corne africaine(sur la présence militaire française en Afrique, voir le N° du Council on Foreign Relations, cfr, du 22 mars 2007). En revanche, depuis peu, les USA s’impliquent de plus en plus dans les conflits régionaux du continent africain comme le montrent le bombardement de l’aviation américaine du des islamistes au Nord de la Somalie et les renforts apportés aux deux armées, éthiopienne et somalienne fidèle au gouvernement provisoire, pour chasser les tribunaux islamiques qui avaient conquis entre-temps conquis le pouvoir à Mogadiscio. Pour contrecarrer aussi l’avancée chinoise et pour lutter contre le terrorisme islamique sur le continent africain, l’administration Bush a décidé récemment de créer un commandement militaire pour le continent africain, appelé Africom qui vient s’ajouter aux autres structures de commandement militaires, comme le Pacific Command pour l’Océan Pacifique, l’European Command pour l’Europe, le Southern Command pour l’Amérique Latine, la Central Command, pour le Moyen-Orient et le Northern Command pour l’Amérique du Nord. 
 
En définitive, au-delà de la diversité des thèmes qu’il traite, le rapport 2007 du sipri, dresse, sans que ses auteurs en aient pleine conscience, à la fois un panorama saisissant de l’état du capitalisme arrivé à son stade impérialiste et un état dynamique des contradictions qui le traversent de bout en bout mais qui lui sont intrinsèquement inhérentes.
 
FAOUZI ELMIR
 
MOTS CLES :sipri, conflits armés, dépenses militaires, pauvreté,
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Publié dans ANALYSE RAPPORT

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