HOMO OECONOMICUS

Publié le par ELMIR

 
LIBERALISME AUX USA, LES EFFETS PERVERS DE L’HOMO-ŒCONOMICUS
 
 
The current text is a résumé of an article published in the website http://editionssiress.wifeo.com/homo-oeconomicus.php
 
Abstract /This article deals with the liberalism in USA. The autor provides some results related to the perverse effects of the homo oeconomicus : rising of social inequalities, collapse of the middle class and his American Dream. destruction of the university, clash of cultures and religions, spread over the world of the competitive spirit. The english version of this article will be available later, in the print paper of « Bulletin de l’International »
 
Ce texte est un résumé d’un article publié sur le site http://editionssiress.wifeo.com/homo-oeconomicus.php
 
Cet article traite du libéralisme aux USA. L’auteur tente de montrer les effets pervers de l’homo-oeconomicus avec l’aggravation des inégalités sociales, la décadence de la classe moyenne et son rêve américain, destruction de l’université, choc des cultures et des religions, propagation dans le monde de l’esprit de compétition.     
 
 
« L’accumulation des richesses à l’extrémité supérieure de l’échelle sociale implique la privation à l’extrémité inférieure. C’est une vérité suffisamment reconnue que la privation sévère, en quelque lieu que ce soit, fait gravement obstacle à toute innovation »Thorstein Veblen, Théorie de la classe de loisir.p.134.
 
Depuis la fin des années 1970, le fossé n’a jamais été aussi grand entre les pauvres et les riches aux USA, puisque la part du 1% des Américains les plus riches a triplé et contrôle aujourd’hui environ 19% du revenu national. Certains économistes attribuent l’aggravation des inégalités à la politique fiscale de Bush, aux progrès technologiques et à la globalisation. Depuis 1998, alors que l’économie américaine a connu une croissance de 25%, le salaire moyen gagné par le 1/5ème des Américains moyens a baissé de 3,8%. Une nouvelle étude montre aussi que depuis 1973, le revenu moyen du 1% des Américains les plus riches a augmenté de3,4% par an et pour le 0,1% de 5,2% par an alors que le salaire moyen pour le 90% des Américains n’a accru que de 0,3% par an. Une grande partie des richesses produites en Amérique depuis un quart de siècle est allée pour enrichir davantage les riches et pour rémunérer les dirigeants des grosses sociétés qui ont gagné 26 fois par an plus que la moyenne des salaires de leurs salariés. Aujourd’hui cet écart s’est encore creusé puisqu’il atteint parfois 300 fois.
PAIUPERISATION DE LA CLASSE MOYENNE
 
Les conditions sociales et économiques de la classe moyenne en Amérique se sont empirées depuis 25 ans. Depuis les années 1990, le pourcentage des propriétaires qui ont vu leur revenu baisser de 20 000 dollars a augmenté de 13% en 1990 à 17% aujourd’hui. Ceux qui passent de longues heures à travailler ne gagnent guère plus que ceux qui ne travaillent pas. 70% des Américains qui sont propriétaires de leurs maisons consacrent 11% de leur revenu à payer les frais d’hypothèques. Les défaillances de paiement sont prévisibles dans un cas sur 60. Un Américain moyen doit aujourd’hui consacrer 32 semaines de son revenu au paiement des impôts, soins médicaux, éducation et transport contre 28 semaines en 1979. Une famille de la classe moyenne américaine est aujourd’hui endettée à hauteur de 120% par rapport à son revenu disponible. La chance pour un américain de devenir riche en jouant à la loterie nationale est supérieure à celle de faire partie de l’infime minorité des familles les plus riches. Selon un rapport, un enfant d’une famille à bas revenu à seulement 1% de chance de faire partie du 5% des Américains les plus riches contre 22% pour les enfants de cette même classe privilégiée. Les chances sont encore beaucoup plus minces pour les noirs américains.
 
Autre indice significatif de la paupérisation relative de la classe moyenne est la crise du logement qui ressemble dans bien des cas à la Grande Dépression de 1930. Un article paru dans le New York Times du 25 juillet dernier explique comment des sociétés de vente de maison demandent de plus en plus garanties, parfois deux hypothèques et comment il y a de plus de propriétaires perdent leurs logements suite à la perte de leur emploi, d’un divorce ou d’une maladie. Beaucoup de propriétaires ont des difficultés de remboursement de leur prêt et ils ont du mal à trouver un organisme pour leur prêter. La baisse de la bourse de Wall Street de ces derniers, entraînant dans son sillage les bourses asiatiques, est directement liée à la crise de l’immobilier aux USA qui est le signe annonciateur de la paupérisation relative de la classe moyenne américaine et l’aggravation des conditions économiques et sociales de ceux qui se retrouvent au bas de l’échelle sociale. Pour manier les paradoxes, le même article évoque le cas d’un propriétaire d’une des grandes sociétés spécialisées dans l’hypothèque, M. Mozilo, 68 ans, qui a vendu des actions durant les cinq dernières années et engrangé 380 millions de dollars de profit et même récemment il a encore réalisé 130 millions de dollars de profit générés par la vente d’autres actions. Cette dégradation des conditions de la classe moyenne américaine est due aux profits record engrangés par une infime minorité qui comprime le salaire de leurs salariés en les obligeant à travailler plus et plus dur. Le taux de profit monte en effet exponentiellement quand les hommes et surtout ceux qui sont hautement qualifiés de la classe moyenne sont remplacés par des machines dernier cri et quand les impôts frappent plus durement ceux qui ont un bas revenu mais beaucoup moins les familles les plus riches.
 
 
DESTRUCTION DE L’UNIVERSITE
 
Une des conséquences spectaculaires du triomphe du credo libéral aux USA est la destruction de l’université. Les dépenses publiques consacrées à l’éducation et aux universités ont été affectées en priorité à des disciplines et à des formations nécessaires au fonctionnement des différents rouages de l’économie et à leur rentabilité économique à moyen et court terme. À présent, les quelques disciplines des sciences humaines sont obligées de s’adapter aux lois du marché; leur contenu et leurs méthodes ne doivent servir qu’à éclairer les décideurs économiques et leurs supplétifs, les hommes politiques. Le domaine de la sociologie a été  confiné au travail exclusif des enquêtes et des interviews pour tester la réactivité du consommateur à telle marque et à tel produit. La science et la technique ont été utilisées comme des instruments destinés à démultiplier les capacités productives d’un système productiviste à outrance.
 
Après avoir été laminée jadis par l’envahissement de la science et de la technique, l’université a été détruite par un quart de siècle de libéralisme. Les universités d’État américaines ressemblent aujourd’hui moins à des universités au sens classique du terme qu’à des supermarchés où l’on fait ses emplettes et l’on achète à la carte, en fonction de ses moyens financiers, ses cours et sa formation. Chaque cours et chaque formation ont un prix déterminé par l’offre et la demande du marché du travail(voir l’article de New York Times, 29 juillet 2007). Les plus fortunés des étudiants choisissent naturellement les formations les plus rentables économiquement et celles qui rapportent le plus en termes de salaire. N’étant pas en mesure de payer des formations en business ou en Engineering, les étudiants pauvres se contentent des disciplines délaissées et marginalisées, histoire et littérature, et les moins chères mais qui sont les moins demandées et les plus dévalorisées sur le marché du travail. Par exemple, suivre un cours de psychologie coûte beaucoup moins cher qu’un cours de business. Un diplôme en journalisme coûte plus cher qu’un diplôme en littérature. Quand on parle d’une université devenue un supermarché, on ne parle pas seulement des universités privées mais des universités financées par les fonds publics des Etats. À l’université de Wisconsin, Madison, les étudiants à la business School paient 500 dollars de plus par semestre par rapport aux étudiants d’autres Facultés. À l’université de Nebraska, les étudiants à l’école d’ingénieurs ont payé l’année dernière 40 dollars chaque heure de cours supplémentaire. À l’université d’État d’Arizona, les étudiants à l’école du journalisme ont été obligés de payer 250 dollars par semestre en plus des frais de scolarité qui s’élèvent à 2 411 dollars. Certains responsables expliquent cette différence des frais de scolarité par les salaires exorbitants des professeurs enseignant dans les business schools ou dans les écoles d’ingénieurs qui atteignent parfois les 130 000 dollars par an. M. Larivière, vice-chancelier de l’université de Kansas critique le choix irrationnel des étudiants qui acceptent de payer des formations plus chères en sachant que les gens changent de travail plusieurs fois durant leurs carrières et leur obsession d’un salaire élevé qui n’est pas le seul critère de réussite professionnelle.
 
On pourrait penser que la destruction de l’université américaine a entraîné la destruction de la seule culture américaine ou la seule civilisation américaine. Malheureusement, les conséquences de la destruction de l’université et de la culture aux USA sont aussi dramatiques pour l’ensemble de l’humanité et elles se sont fait sentir même en dehors des frontières américaines. C’est d’abord la diffusion dans le monde entier du modèle des Business schools américain, l’envahissement de l’anglais entraînant l’anéantissement des milliers de langues et de dialectes. C’est aussi la destruction des cultures et des traditions culturelles d’autres sociétés comme les sociétés africaines et les sociétés arabo-musulmanes. L’intégrisme musulman et le terrorisme ne sont que des signes pathologiques de la destruction des hauts lieux de la formation des hommes que sont les universités qui perpétuent les cultures de chaque société. L’intégrisme et la violence qui l’accompagne sont en général des formes que revêt toute résistance à des tentatives d’imposition d’une hégémonie culturelle menée par des Etats conquérants qui ont déjà détruit leur propre culture et étouffé leur propre civilisation que l’université se donnait habituellement pour mission de perpétuer et de reproduire.
 
INCONSCIENT DE LA CULTURE AMERICAINE
 
Le moindre mal pour le genre humain aurait été que le libéralisme étatunisien restât chez lui pour ne pas contaminer les autres sociétés. Malheureusement, son pouvoir de propagation est tellement grand qu’aucune société sur la surface de la terre n’a pu y résister. La cause principale de la diffusion planétaire de cette culture devenue la culture de masse réside dans sa nature profonde, celle de s’adresser directement aux strates inférieures et aux pulsions primaires et instinctives de la nature humaine. C’est pourquoi, la culture américaine est traversée de bout en bout par la mise en valeur de ces éléments primaires et instinctifs que sont la compétition, la concurrence, la lutte, la violence gratuite et la destruction des cultures d’autres sociétés. Cet impérialisme culturel américain est le reflet de la prédominance des traits archaïques et l‘expression des « ratés pathologiques » propres à des sociétés qui n’ont pas eu le temps nécessaire de dépasser le stade végétatif et d’étouffer les strates primaires et instinctives de la nature humaine. Car les différents peuplements qui forment aujourd’hui l’Amérique du Nord et l’Océanie et qui sont arrivés par vagues successives d’Europe, d’Afrique ou d’Asie n’ont pas pu assimiler les différents apports culturels qui se succédaient à des intervalles réguliers après la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb. A la première vague d’émigrants succédait la seconde et la troisième suivait sans que la seconde ait pu assimiler l’apport culturel de la première et sans que la troisième ait pu digérer celui de la seconde. Il n’y a pas eu comme pour les civilisations éthico religieuses, suffisamment de temps pour que la répression civilisatrice fasse son effet en agissant sur les strates primaires et animales de la nature humaine et pour qu’enfin rejaillissent une culture et une civilisation pacifiante et adoucissnte des mœurs. À cela s’ajoutent d’autres caractéristiques propres aux immigrants du Nouveau Monde, c’étaient avant tout des hommes pauvres, ignorants et déracinés qui venaient des continents européen et africain pour gagner leur pain. Là aussi, le contraste est assez saisissant avec les empires ethico-religieux qui venaient avec leurs cultures déjà formées, leur caste intellectuelle et religieuse et leurs propres expériences multiséculaires voire millénaires. Alors que les émigrants du Nouveau Monde et d’Océanie étaient composés essentiellement de races et de cultures différentes et de populations démunies culturellement et intellectuellement. Obsédés comme ils étaient par les problèmes de l’existence, ils étaient venus à la recherche de leur pin quotidien et pour fuir la pauvreté et la misère de leurs pays d’origine. Ils n’étaient pas venus pour transplanter sur leur terre d’accueil, la culture et la civilisation de leurs pays d’origine. Pour réussir à transplanter une culture dans un environnement étranger à sa culture d’origine, il faut des émigrants cultivés muni d’un minimum d’instruction et de culture pour opérer cette alchimie extraordinaire, la fusion des cultures différentes. On ne bâtit pas une culture et une civilisation avec des soldats, des guerriers, des affairistes, des capitalistes, des affamés et des hommes ignorants. C’est pourquoi le contenu de la culture américaine charrie les éléments primaires des premiers émigrants et les caractères passionnels des premières vagues d’émigration c’est-à-dire mesurer les canons de l’existence à l’aune de l’enrichissement matériel et de l’accumulation des richesses qui deviennent la seule finalité possible dans la vie en condamnant l’ensemble de l’humanité à ne vivre que pour s’enrichir et encore s’enrichir. Amasser des biens matériels devient ainsi l’antidote à des angoisses existentielles, car les hommes vivant actuellement en Amérique ou en Océanie ont encore les souvenirs présents de la misère et de la pauvreté de leurs lointains ancêtres. Le temps n’a donc pas fait son travail d’étouffement et d’inhibition des pulsions instinctives de la vie animale fondée sur la lutte pour l’existence, la compétition, la violence et la guerre. Aujourd’hui, du fait de l’impérialisme culturel américain, c’est toute l’humanité qui est plongée dans cette culture de la guerre et de la violence, la guerre économique et la guerre militaire, l’esprit de la compétition, la lutte pour l’existence et la concurrence sauvage, alors que les ressources actuellement disponibles sont largement suffisantes pour que l’homme dépasse son stade d’être d’instincts et de pulsions animales en devenant l’homme du « je pense donc j’existe » de René Descartes. En effet, avec toutes les richesses produites et actuellement disponibles sur la surface de la terre, les hommes pourraient facilement du stade d’une vie végétative et foncièrement animale à des activités intellectuelles beaucoup plus stimulantes, plus enrichissantes, moins monotones et moins répétitives. C’est en réalisant que l’homme n’est pas seulement un être d’instincts et de besoins animaux et qu’il n’est pas seulement cet être sauvage, brutal, vorace et vicieux qui sommeille en chacun de nous que l’humanité prendra conscience qu’un autre monde est possible et que le travail du cerveau humain qui est actuellement exploité à des fins purement mercantiles, est capable d’assimiler et de synthétiser, de classer, de penser, de réfléchir, de réinventer une autre culture et de construire une autre civilisation. Le jour où c’est l’intellect qui prendra le dessus sur l’instinct et l’animalité, on verra du coup les tours et les gratte-ciel vider des affairistes, des marchands et des capitalistes véreux, des manipulateurs, des froids calculateurs, des stratèges pervers et des soldats d’une guerre économique et militaire interminable, pour laisser place à des universités populaires gratuites et accessibles à tous sans distinction de race ou de ressources et à des bibliothèques gigantesques devenant lieu de rencontre et de dialogue des cultures et des civilisations, symbole du triomphe d’un homme nouveau, l’homme cartésien qui examine tout et qui doute de tout avec un désintéressement total. Ce sera l’avènement d’un nouvel âge, non pas celui de la barbarie symbolisée par des nouveaux tycoons et d’une minorité de privilégiés qui ont fait main basse sur les richesses produites par le sang et la sueur des générations d’hommes et de femmes mais un nouvel âge d’or de la culture et de la civilisation des mœurs. Pour dire les choses sans détour, il n’y a pas l’ombre d’un doute qu’un monde formé d’hommes moyennement instruits et cultivés se portera beaucoup mieux qu’un monde dominé par des groupuscules d’affairistes et de capitalistes parasitaires qui n’ont qu’une seule finalité dans la vie, produire, accumuler et amasser des richesses sans savoir exactement pourquoi produire, accumuler et amasser tant de richesses alors que les deux tiers de l’humanité sont plongés dans la misère et la mort. Peut-être ce monde absurde relève-t-il, aux yeux des adeptes du libéralisme américain et de ceux qui chantent sa louange à travers le monde, de l’ordre naturel des choses pour mais pour nous, les autres sans voix, c’est plutôt un monde cauchemardesque. 
 
FAOUZI ELMIR
 
Mots clés: USA, libéralisme, homo-œconomicus, pauvreté, Edwards, université, culture américaine, barbarie.
 
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Publié dans LIBERALISME

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