L'ERE DES EMPIRES, L'AGE DE L'IMPERIALISME

Publié le par ELMIR

 
L’ERE DES EMPIRES, L’ÂGE DE L’IMPERIALISME
 
À chaque guerre menée par les USA et leurs alliés occidentaux, ce sont les mêmes questions qui reviennent. Les Etats-Unis d’Amérique et leurs alliés sont-ils un nouvel empire ou des pays impérialistes? Certains comparent l’hégémonie politique et militaire américano-occidentale notamment depuis la dislocation du bloc communiste au début des années quatre-vingt-dix du siècle aux anciens empires français et britannique de la fin du XIXe siècle alors que d’autres y voient les traits saillants de l’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Cet article tente d’apporter une clarification à ces deux termes qui font débat actuellement.
 
L’ERE DES EMPIRES ETHICO-RELIGIEUX
 
Le terme empire désigne généralement un grand ensemble territorial dont les parties sont conditionnées et remodelées par un pouvoir central qui y exerce une attraction politique, conomique et idéologique. L’histoire du monde a connu plusieurs empires avec un premier empire en Egypte (3100-30 A.J.C). Jusqu’à l’empire Ottoman fondé après la prise de Constantinople en 1453, ils des empires tous de type éthico-religieux. Leurs fondateurs étaient animés par des idéaux messianiques et eschatologiques et se considéraient comme des hommes envoyés par la Providence pour diffuser un message divin sur terre. Ces motivations éthico-religieuses ont joué un rôle déterminant dans l’éclosion de la créativité humaine et elles étaient à l’origine de toutes les grandes réalisations dans le domaine de la pensée et du progrès matériel de l’humanité. Que l’on songe par exemple à l’invention de l’écriture et des rudiments de la langue sous les anciens empires orientaux, égyptien, babylonien, indien, perse etc et qui sont considérés aujourd’hui comme des acquis collectifs pour toute l’humanité. Le premier âge de l’art religieux chrétien trouva son épanouissement sous l’empire byzantin et cette inventivité artistique se matérialise dans la sculpture monumentale, dans la décoration des Eglises et dans l’architecture des cathédrales. C’est sous l’empire de Charlemagne qu’une nouvelle écriture avait été mise au point vers 780 à Corbie pour faciliter la lecture et la compréhension des textes sacrés. Cette minuscule de petit module, régulière et séparant les espaces entre les mots est aussi une grande réalisation de l’esprit humain et bienfait pour toute l’humanité. L’Alhambra, résidence des Nasrides à Grenade en Espagne, n’est pas seulement un chef d’œuvre de l’architecture civile appartenant exclusivement à l’empire arabo-musulman mais un chef d’œuvre universel classé par l’UNESCO, patrimoine de l’humanité. C’est encore l’Occident musulman qui a traduit et transmis à l’Occident médiéval les œuvres de l’Antiquité Greco-romaine contribuant ainsi à la naissance de la scolastique et de la science moderne.[i] Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples qui montrent tout ce que les empires fondés sur des principes religieux et éthiques avaient apporté au progrès matériel et intellectuel de l’homme. Et ce progrès n’a été fait que grâce à une accumulation de connaissances qui étaient devenues accessibles et partagées par tous les hommes sans qu’elles fussent soumises à un brevetage et à une exploitation commerciale éhontée et sans qu’elles fussent la propriété privée de quelques sociétés multinationales comme ce sera le cas à l’âge mercantiliste et impérialiste. Car le travail de l’esprit doit être la propriété collective de toute l’humanité et non le monopole d’une institution ou d’un groupe d’hommes. Cette inventivité de l’esprit pour le bien de tous et cette transmission désintéressée entre des aires géographiques différentes et parfois éloignées les unes des autres prirent fin en 1492 quant les pieds de Christophe Colomb foulèrent la terre du Nouveau Monde. Ce fut alors la fin d’une époque, celle des empires éthico-religieux et le commencement d’une autre, celle de l’impérialisme.
 
ÂGE DE L’IMPERIALISME
 
À partir de 1500, on est sorti de l’ère des empires éthico-religieux pour entrer dans l’âge de l’impérialisme. Si l’on confond souvent empire et impérialisme, c’est à cause de l’existence dans l’un et dans l’autre, d’un centre fort de pouvoir capable d’engendrer une périphérie satellisée idéologiquement, politiquement et parfois militairement. L’âge impérialiste a commencé au début du XVIe siècle en même temps que la révolution militaire dont Geoffrey Parker a décrit les différents stades de développement.[ii] La supériorité militaire de l’armement occidental a été l’élément déterminant dans la dynamique de l’expansion européenne outre-mer. L’avènement de l’âge de l'impérialisme est lié essentiellement à la maîtrise des eaux stratégiquement importantes entraînant une modification des rapports de forces non seulement en Europe mais au-delà et consacrant du coup l’hégémonie européenne sur une grande partie des océans. Sans entrer dans les détails de cette révolution militaire, l’apparition du voilier lourdement armé et l’entrée du canon à bord des navires de guerre et s’en servir adroitement furent parmi les facteurs déterminants dans cette suprématie maritime qui avait permis d’anéantir les anciens empires éthico-religieux pour ne pas parler que de l’Amérique post-colombienne, cette supériorité militaire européenne a rayé de la carte les vastes empires centralisés des Inca et des Aztèque qui s’effondrèrent en deux ans comme un château de cartes. Grâce à cette supériorité militaire, s’ouvre l’ère coloniale en Amérique, en Asie et Afrique. La première période coloniale se caractérise par la destruction de l’économie traditionnelle de subsistance et d’autosuffisance alimentaire et son remplacement par une économie extravertie liée à une économie-monde avec une division du travail à grande échelle et l’émergence, d’une part, d’États centraux dotés d’un puissant appareil étatique et d’autre part, d’États périphériques faibles, dépendant politiquement et économiquement du centre et jouant le rôle de pourvoyeurs de matières premières et d’une main d’œuvre servile et bon marché.
 
COMMENT PERENISER L’ÂGE DE L’IMPERIALISME
 
Pour que les structures de cette économie-monde durent et se perpétuent, il y avait certes la force militaire mais qui ne pouvait être un gage de pérennité à long terme du système formé par ailleurs d’éléments hétérogènes et parfois conflictuels. Il a fallu procéder à des changements radicaux à l’intérieur des cadres sociaux et politiques des pays colonisés et des États périphériques. Il s’est agi dans un premier temps de mettre en place une politique d’intégration de populations hétérogènes ethniquement et culturellement et éparpillées de surcroît sur des vastes zones géographiques en procédant au désenclavement des territoires pour faciliter l’organisation fiscale coloniale et pour permettre la circulation monétaire. Un trait caractéristique de l’âge impérialiste a donc été la globalisation et l’uniformisation des hommes et des marchandises. Une fois le processus de désenclavement achevé, les colonisateurs procédèrent au découpage de l’espace en fonction des schémas et des plans importés de la métropole. Confrontés souvent à des révoltes et des troubles politiques, les colonisateurs européens ont pu trouver avec le temps, grâce notamment aux techniques de recensement des populations indigènes, une stratégie qui leur a bien réussi dans le passé et qui s’est révélé au fil du temps et même aujourd’hui, d’une redoutable efficacité pour pérenniser l’Âge de l’impérialisme. C’est la stratégie de diviser pour régner. Il est évident que cette stratégie ne peut pas marcher à tous les coups et c’est seulement après son échec que la solution militaire intervenait. Quand les Européens ont mis les pieds dans les anciens empires éthico-religieux, ils ont vite constaté l’hétérogénéité ethnique, culturelle et religieuse de leurs populations. Là où elles dominaient, les puissances européennes jouaient sur les différences de race et de religion pour maintenir leur domination. Par exemple, en Afrique du Nord, la France joua la carte des Berbères et des Kabyles contre les « envahisseurs arabes ». Les Hollandais jouèrent sur les différences entre les habitants de Java et ceux des « iles extérieures » surtout les Moluques. Les Anglais firent de même en Inde en exploitant les différences entre Hindous, musulmans et sikhs. Parmi les manœuvres utilisées par les colonisateurs, il y a l’octroi des statuts privilégiés à une catégorie sociale ou une religion comme l’a fait la France au Liban en attribuant la présidence de la République aux chrétiens maronites du Liban pourtant minoritaires dans le pays du Cèdre. Les Anglais ont fait la même chose en Inde quand le gouvernement britannique octroya en 1909 un statut spécial aux musulmans indiens. En revanche, il n’a pas réussi à le faire pour les coptes d’Egypte. C’est aussi la même stratégie, diviser pour régner qui a été mise en œuvre par les puissances européennes pour démanteler l’empire ottoman au sein duquel ont vécu pendant cinq siècles, une multitude d’ethnies et de religions.
 
C’est cette même stratégie, diviser pour régner, qui a permis aussi de démanteler le bloc soviétique, la Yougoslavie et l’Union soviétique. Dans des pays plus ou moins homogènes culturellement comme les pays d’Amérique Latine, le système impérialiste s’est maintenu grâce à des dictatures militaires indigènes. A la fin des années quatre-vingts du XXe siècle, les Américains ont joué la carte de l’intégrisme islamique en armant les talibans contre le régime communiste de Nagibullah en Afghanistan contribuant ainsi au réveil de l’intégrisme musulman qu’ils s’efforcent de combattre aujourd’hui au nom de la lutte contre le terrorisme international. Quand la politique diviser pour régner a échoué dans l’Irak de Saddam Hussein, c’est l’option militaire qui a été choisie pour changer la donne en procédant à la mise en place d’un système politique confessionnel en jouant la carte de la majorité chiite contre la minorité sunnite. Pour démanteler la Yougoslave de Tito, c’est la même technique de diviser pour régner qui a été pratiquée en dressant Croates, serbes, bosniaque les uns contre les autres. Quand la Serbie de Milosevic a refusé de soumettre à l’instar des autres pays communistes, elle a été frappée par les forces de l’OTAN. La même stratégie est actuellement en cours au Soudan avec le Darfour en essayant d’amputer ce gigantesque pays africain d’une partie de son territoire pour préparer son démantèlement final. Le projet américain du Nouveau Moyen-Orient n’est autre chose que la mise en œuvre de la stratégie de diviser pour régner en espérant pulvériser les Etats actuels du Moyen Orient en une myriade de mini États fondés sur une base purement raciale ou confessionnelle et cela dans le but de faciliter l’affaiblissement de l’influence de la religion musulmane qui constitue aujourd’hui une entrave sérieuse aux différents projets géostratégiques des pays impérialistes dans cette région du monde.
 
L’âge actuel de l’impérialisme n’a pas d’égal dans l’histoire de l’humanité, car les empires éthico-religieux avaient été bâtis sur des aires géographiques bien déterminées. Plusieurs empires coexistaient dans le monde avec chacun ses traditions et ses traditions culturelles. C’est pourquoi nous avons sciemment employé le terme empire au pluriel pour signifier la présence simultanée de plusieurs empires au sein desquels la diversité de l’homme et de la nature était de règle. Avec l’avènement de l’âge de l’impérialisme, c’est l’uniformisation des hommes et des espaces avec ses conséquences ravageuses dont la plus importante et la plus absurde est l’extension de la pauvreté dans un monde où les richesses produites n’ont jamais été si immenses. Pour définir ce qu’est réellement l’âge de l’impérialisme, nous souhaiterions évoquer un rapport des Nations-unies publié en 1999 où il était dit que la pauvreté pouvait être rayée de la carte grâce à la fortune des sept premiers milliardaires. La revue américaine Forbes qui publie tous les ans un classement des hommes les plus riches dans le monde estime que le nombre de milliardaires connaît un accroissement exponentiel. Il y a fort à parier que depuis 1999, ce ne sont plus les sept hommes les plus riches du monde qui peuvent éradiquer la pauvreté de la surface de la planète mais un seul homme, en l’occurrence un mexicain d’origine libanaise, Mr Slim, qui détient le monopole des télécommunications au Mexique et dont la fortune a augmenté en une seule année de 2 milliards de dollars, qui sera à même de nourrir tous les affamés de la terre.
 
 
FAOUZI ELMIR
 
 
MOTS CLES: empires, impérialisme, colonialisme.


[i]Sur la science médiévale, voir F. Elmir, Origines médiévales de la science, études d’histoire et d’épistémologie, Editions SIRESS, 2005.
[ii] Geoffrey Parker, la révolution militaire, la guerre et l’essor de l’Occident 1500-1800, Paris, Gallimard, 1993.
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Publié dans ANALYSE POLITIQUE

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