POURQUOI UN PACTE MILITAIRE POUR LES ETATS DU SUD?

Publié le par ELMIR

POURQUOI UN PACTE MILITAIRE POUR LES ÉTATS DU SUD ? Dans son discours prononcé le 12 mars 1947, Harry Truman annonce sa doctrine de l’endiguement de l’Union soviétique et déclare la guerre au communisme international. Pour combattre militairement le communisme, les Etats-Unis, la France, la Grande Bretagne, la Belgique, le Canada, l’Islande, l’Italie, le Norvège, et le Portugal créent un pacte militaire par le traité de Washington signé le 4 avril 1949. Après la signature du traité de Washington, une série d’organes, civils et militaires, se mettent en place en vue de coordonner les futures actions des États membres dans leur lutte contre leur ennemi d’alors, l’Union soviétique et les États socialistes est européen. En riposte à l’alliance militaire des pays capitalistes, l’Union soviétique et les États socialistes d’Europe de l’Est créèrent le pacte de Varsovie groupant l’Union soviétique, la Pologne, la Tchécoslovaquie, l’Allemagne de l’Est, la Roumanie, la Bulgarie, l’Albanie et la Hongrie. Calqué sur le traité Atlantique, le pacte de Varsovie fut un pacte d’amitié, de coopération et de d’assistance mutuelle dont le commandant unique avait été confié au maréchal Koniev.Pourquoi pas un pacte militaire pour les Etats du sud?
DOCTRINE DE LA « CONTRE FORCE » ET DE LA DISSUASION En 1961,
les Etats-Unis ont élaboré une nouvelle doctrine stratégique sous l’impulsion du secrétaire d’etat à la défense Mac Namara visant à renforcer les forces conventionnelles rendues plus mobiles et le développement de nouveaux moyens de ripostes, telles les fusées « Polaris ». À partir de février 1963 et durant les deux années à venir, les Etats-Unis ont œuvré pour faire de l’OTAN une nouvelle puissance nucléaire par la création d’une force atlantique intégrée. Le développement de la puissance nucléaire soviétique pendant les années 1949-1957 et celui de la capacité de lancer des bombes nucléaires sur des objectifs situés à l’intérieur des Etats-Unis ont nécessité une modification en profondeur de la pensée militaire américaine. La première dénommée « contre-force » reposait sur la supposition que la guerre thermonucléaire est possible, concevable, acceptable et qu’elle sera « gagnée » ou « perdue ». Le concept de « contre-force » est un concept stratégique qui considère que seules les capacités de bombardement de l’ennemi sont des objectifs non ses villes. Les adeptes de théorie de la « contre-force » pensaient qu’ils serait préférable d’empêcher pareille guerre avant d’avoir lieu mais ils estimaient aussi que le seul moyen possible était la mise en place d’une force capable de gagner pareille guerre et d’obtenir la reddition de l’ennemi. À ce concept de « contre-force » s’oppose le concept de « dissuasion limitée » fondée sur l’idée que « gagner » ou « perdre » une guerre thermonucléaire était inconcevable et que pareille guerre doit être absolument évitée et que pour ce faire il suffit tout simplement d’augmenter beaucoup sa terreur. NOUVELLE DONNE STRATÉGIQUE EN EUROPE ET DANS LE MONDE En somme, ce sont la puissance militaire et la dissuasion nucléaire soviétique qui ont permis à l’Union soviétique et au bloc de l’est de réaliser une percée dans le Tiers monde et qui ont mené finalement à l’échec de la politique de l’endiguement Truman et de la doctrine d’Eisenhower au Proche et Moyen-Orient. D’abord le rapprochement entre l’Egypte et l’Union soviétique est annoncé lors d’une déclaration commune le 16 avril 1955. Cette déclaration a une double portée: elle annonce l’entrée de l’Union soviétique sur la scène proche et moyen orientale et donne le coup de grâce au pacte de Bagdad. Ensuite, le refus des Etats-Unis de livrer des armes au colonel Nasser, celui-ci se tourna vers le bloc socialiste en signant le 27 septembre 1955 un contrat de livraison d’armes avec la Tchécoslovaquie. C’est aussi la puissance militaire soviétique et le pacte de Varsovie qui ont joué un rôle dissuasif en empêchant les Etats capitalistes de s’attaquer militairement aux jeunes États socialistes d’Europe de l’Est. Si les démocraties populaires ont pu survivre jusqu’à la chute du mur, c’est grâce à la force militaires soviétique et à une réseau de 68 traités d’alliance ou d’assistance mutuelle conclus entre 1945 et 1949 débouchant finalement à la constitution du pacte de Varsovie en 1955. La priorité pour les jeunes démocraties populaires était d’abord de se protéger contre les interventions militaires des États capitalistes de l’Ouest. Sans le pacte de Varsovie, le bloc communiste serait effondré non pas le 9 novembre 1989 mais en Hongrie le 4 novembre 1956 où les forces soviétiques étaient obligées d’intervenir pour mater une révolte fomentée en sous main par les États impérialistes avec l’aide de forces intérieures menées par Imry Nagy. En récompense de son soutien à l’intervention soviétique en Hongrie en 1956, la jeune révolution communiste chinoise s’est vu alors récompenser par un accord « secret » conclu le 17 octobre 1957 en vertu duquel l’Union soviétique promettait de fournir au gouvernement de Pékin l’aide technique nécessaire à la fabrication de la bombe atomique. Sans le pacte de Varsovie, les Etats capitalistes seraient intervenus militairement en Tchécoslovaquie pour soutenir le gouvernement d’Alexandre Dubcek et pour en finir une fois pour toutes avec le régime communiste dans ce pays. Quand l’Union soviétique est intervenue en Afghanistan en 1980, les États unis et de l’Europe se sont contentés de condamnations et de pleurnicheries. Les Américains et les Européens n’ont pas envoyé leurs armées pour combattre les Soviétiques en Afghanistan mais ils ont alimenté et réveillé l’intégrisme et ont armé les Moudjahiddines et les Talibans. Même tout récemment, face à l’intervention des forces russes en Géorgie, les Occidentaux ont préféré condamner au lieu d’intervenir militairement pour soutenir leur allié et leur homme de lige à Tbilissi. A contrario, avec la chute du mur de Berlin, l’effondrement du bloc communiste et la disparition du pacte de Varsovie, les visées impérialistes des États capitalistes, les Etats-Unis et l’Europe se sont dévoilées au grand jour en démantelant la fédération yougoslave et en bombardant Belgrade pour chasser Milosevic du pouvoir. La puissance militaire soviétique a joué un rôle dissuasif en poussant les États capitalistes à adopter un profil bas et à mener une politique moins agressive et plus de réalisme à l’égard du bloc communiste. Face au risque d’une guerre nucléaire, les deux puissance nucléaires étaient amenées à rationaliser leurs comportements et à cohabiter pacifiquement. En toile de fond du risque atomique, l’union soviétique et les Etats-Unis optent pour la coexistence. UN MONDE MULTIPOLAIRE ET LA LEÇON DE L’UNION SOVIÉTIQUE Pour pouvoir vivre dans la jungle capitaliste internationale où le capital ne connaît ni frontières ni pays, l’Union soviétique et le bloc de l’est étaient amenés d’abord à se défendre en concluant une série d’accords militaires et la constitution d’un pacte militaire, le pacte de Varsovie. Les jeunes « États » croupions du Tiers monde formés après la Seconde Guerre mondiale et à la suite de la décolonisation se sont fourvoyés en formant des alliances politiques et des mouvements aussi stériles les unes que les autres (Conférence de Bandoeng, mouvements afro-asiatiques, non alignement, nouvel ordre économique international etc.). La première grosse erreur commise par les jeunes États issus de la décolonisation est leur ignorance ou leur incapacité à comprendre le monde dans lequel ils vivent et qui est régi par la loi de la jungle capitaliste. Dans la jungle capitaliste prédominent non pas le droit et la morale mais la force et la violence. La violence appelle la violence et non pas la charité et les bonnes manières. Pour sauver leur peau, les États du sud et leurs dirigeants n’ont pas deux ou trois solutions, ils en ont une seule, établir un pacte militaire à l’instar de l’OTAN aujourd’hui et du pacte de Varsovie, hier. Pour les États du sud, notamment ceux qui sont convoités pour leur pétrole et leurs matières premières, il ne s’agit nullement de copier servilement l’organisation et les dispositions du traité atlantique et du pacte de Varsovie, mais de mettre en place une force militaire suffisamment dissuasive pour faire réfléchir par deux fois les États prédateurs capitalistes avant de venir avec leur armada occuper leurs pays comme ils l’ont fait durant ces dix dernières années, en Yougoslavie en 1999, en Afghanistan en 2001 et en Irak en 2003. Comme par le passé, c’est l’arme nucléaire qui a prouvé son efficacité et sa force dissuasive. Pour les États du sud, les armes conventionnelles ne leur servent pas à grande chose, car ils achètent leurs avions, leurs chars et leurs artilleries aux États capitalistes du Nord qui, en cas de conflit armé, peuvent décréter un embargo sur les pièces détachées, ce qui mettra hors fonctionnement tout le matériel militaire de leur clients. Par exemple, à défaut de pièces de rechange pour les avions rafale ou Mig, ces avions restent cloués au sol et ils ne servent plus à des opérations militaires d’attaque ou de défense du territoire. Ce qui n’est nullement le cas pour l’arme nucléaire qui confère à l’État ayant opté pour cette solution une autonomie et une totale indépendance vis-à-vis des fabricants d’armes qui se trouvent en majorité dans les États capitalistes du Nord, les Etats-Unis et l’Europe. L’acquisition d’arme nucléaire est la solution la plus réaliste et la plus efficace pour les États du sud, car elle joue un rôle dissuasif et c’est cette dissuasion qui est la seule garante d’une véritable indépendance nationale sans laquelle aucun développement économique ou social n’est possible. Sans sécurité nationale, point de développement économique et social. Evidemment, les États impérialistes dont l’arsenal se chiffre par des dizaines de milliers de têtes nucléaires vont aussitôt crier à la dissémination et à la prolifération nucléaire dans le monde. Pour répondre à leurs arguments, il suffit de leur répliquer par la question suivante: pourquoi ont-ils, eux seuls, le droit de posséder l’arme nucléaire et pas les autres? Dans les débats sur la prolifération nucléaire, la question de la peur de la dissémination est récurrente. Ce qui fait le plus peur aujourd’hui, ce n’est vraiment pas la dissémination proprement dite qui est un thème de propagande politique, mais le gigantesque arsenal nucléaire détenu par les Etats-Unis (10 000 ogives nucléaires), la Russie(14 000 ogives nucléaires) sans compter celle de la France, de la Grande Bretagne, de l’Inde, du Pakistan et d’israël. Ce gigantesque arsenal nucléaire est capable de faire sauter mille fois la planète terre. Pour avoir les mains libres dans leur croisade immédiatiser, les Américains et les Européens jouent sur un autre registre, la peur que l’arme nucléaire tombe un jour entre les mains des intégristes ou des fous. Mais on peut leur répliquer que jusqu’à nouvel ordre, le seul fou qui a osé utiliser à ce jour l’arme atomique est Harry Truman en bombardant Hiroshima et Nagasaki par deux bombes atomiques ayant entraîné la mort en quelques secondes des dizaines de milliers de personnes. Rappelons pour mémoire à l’intention de tous les amnésiques de la terre que Harry Truman fut le président des Etats-Unis d’Amérique, champion de la démocratie et leader du monde libre. Lors du deuxième sommet Afrique Amérique latine tenu samedi et dimanche à l’ile Marguerite, au Venezuela, Chavez déclare que le monde du vingt unième siècle sera multipolaire. Malheureusement le président vénézuelien ne nous dit pas comment un monde multipolaire est possible et comment il pourrait voir le jour avec la persistance d’un système impérialiste qui est par définition la négation même d’un ordre multipolaire. Ce n’est sûrement pas avec de la seule coopération dans les domaines économiques, commerciaux, monétaires et culturels que ce monde multipolaire verra le jour. Pour l’émergence d’un monde multipolaire, il faut absolument que les États du sud résistent d’abord et avant à l’assaut et à l’hégémonie des États impérialistes en formant un véritable pacte militaire avec l’arme nucléaire comme seule arme de dissuasion. Pour réaliser leur rêve d’un monde multipolaire, Il faut que les Etats du sud prennent pour exemple l’Union soviétique qui, grâce à la bombe atomique, ait pu établir une parité stratégique avec le monde capitaliste. Sans la bombe atomique, l’Union soviétique et les démocraties populaires auraient été broyées et englouties comme l’ex-Yougoslavie, l’Irak et l’Afghanistan. L’élément déterminant et décisif qui a donné naissance à un monde bipolaire après la Seconde Guerre mondiale, c’est la bombe atomique de l’union soviétique et celle de la Chine communiste. Le premier devoir d’un Etat du sud consiste à établir une véritable coopération avec les autres Etats du sud avec à terme la fabrication de sa bombe atomique. Mais ce n’est pas parce qu’un Etat se dote de l’arme nucléaire qu’il doit se préparer à une guerre thermonucléaire. Bien au contraire, la bombe atomique est le seul garant de son indépendance nationale dans un monde régi par l’impérialisme et par la loi de la soldatesque. L’histoire de l’Europe après la Seconde Guerre mondiale montre que c’est la bombe atomique qui a été le principal facteur de pacification de ce continent grâce à la politique de l’équilibre de la terreur établie entre les puissances nucléaires. Les dirigeants des États du sud et du Tiers monde doivent absolument méditer cette leçon européenne s’ils veulent un jour voir émerger, comme l’a rappelé Chavez lors du sommet Afrique Amérique latine, un monde multipolaire. FAOUZI ELMIR Mots-clés :Alliances militaires, dissuasion.
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