REFORMER OU DISSOUDRE L'ONU?

Publié le par ELMIR

RÉFORMER OU DISSOUDRE L’ONU ? Malgré son illuminisme et son extravagance, le dirigeant libyen, le colonel Kadhafi ne manque pas de bon sens quand il déchire la Charte des Nations Unies. Pour aller au bout de sa logique, en pensant à la chaussure de Khrouchtchev devant la même assemblée, le bouillant colonel aurait dû aller au bout de sa logique et essuyer ses chaussures avec les bribes de la Charte déchirée. Il ne l’a pas fait mais son discours musclé devant la session annuelle de l’Assemblée générale des Nations Unies en dit long sur le ressentiment de certains dirigeants des pays du tiers monde à l’égard d’une organisation considérée comme une machine de guerre utilise par quelques Etats qui se nomment communauté internationale pour maquiller leurs croisades impérialistes planétaires. Dans son discours, le colonel Kadhafi met d’emblée en cause le rôle de l’ONU en l’accusant d’avoir couvert et cautionné 47 guerres depuis sa fondation en 1945 et demande des réformes profondes de l’ONU en conférant plus de pouvoirs à l’Assemblée Générale et moins de pouvoirs au Conseil de sécurité. Le colonel Kadhafi, « le roi de l’Afrique » réclame également aux anciennes puissances colonisatrices le paiement de 777 trillions de dollars de dédommagement pour avoir pillé les richesses des pays colonisés et il propose le transfert du siège de l’ONU de New York à la ville libyenne, Syrte. La requête du colonel Kadhafi pour la réforme de l’ONU n’est pas nouvelle et elle devient une question récurrente à toutes les sessions annuelles de l’Assemblée Générale. Faut-il réformer l’ONU ? Sur la réforme de l’ONU, tout le monde est d’accord, mais quoi réformer au juste ? Pour être plus précis, peut-on réellement réformer l’ONU ? La réponse est sans détour : la réforme de l’ONU est impossible et cela pour deux raisons principales. La première, l’ONU a été créée par la Charte de San Francisco signée le 26 juin 1945 sous l’impulsion des vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale en leur ferme volonté de devenir le nouveau gendarme du monde et de maintenir par la force et non par le droit le statu quo dans les nouvelles relations internationales . Avec l’ONU, c’en est donc fini avec l’angélisme et le juridisme de la SDN qui était plutôt une association ou un club d’États souverains et égaux paralysé par la règle de l’unanimité. En 1945, l’heure n’était plus à l’utopisme et aux rêveries stériles mais au réalisme, à l’action et au volontarisme. La deuxième raison, c’est l’impossible réforme des dispositions de relatives à l’Assemblée générale. L’Assemblée Générale est certes composée d’États souverains d’Etats souverains et indépendants faisant croire à une sorte de « démocratie mondiale ou de gouvernement mondial » Mais les Etats du tiers monde qui y siègent sont des Etats croupions créés artificiellement de toutes pièces par les puissances impérialistes en légalisant le partage du monde par des accords et des traités, traité de Versailles, Sykes Picot etc. L’Asemblée Générale ressemble plutôt à une coquille vide, car elle est dépourvue de tout pouvoir réel et son domaine de compétence qui, théoriquement très vaste, est somme toute superficiel. D’abord, l’Assemblée ne peut entreprendre aucune action sur une question tant que le Conseil de Sécurité sen trouve saisi, car elle doit renvoyer au Conseil toute affaire qui « appelle une action ». En réalité, c’est le secrétaire général, un homme lige et une marionnette entre les mains des Grands, qui consacre la suprématie du Conseil sur l’Assemblée en matière de maintien de paix. Car, pour toute action militaire, c’est le Comité d’Etat-Major composé des représentants des États membres permanents du Conseil de sécurité, qui sera chargé de son exécution technique. De même, dans l’attente de la conclusion des accords militaires qui définissent les conditions et limites de la fourniture des forces par les Etats membres, ce sont les membres permanents du Conseil qui « pourront entreprendre en commun au nom des Nations Unies, toute action qui pourrait être nécessaire pour maintenir la paix et la sécurité internationales ». Il est vrai que les articles 43 et 106 de la Charte des Nations unies, qui énoncent ces dispositions essentielles pour le maintien de l’ordre international, ne seront jamais appliquées et par conséquent, ce sont une fois encore les Grands qui décident librement et qui imposent leur loi et leur hégémonie politique. Un moment paralysée par le vélo de l’union soviétique, l’ONU s’est révélée, après la disparition du bloc communiste et la fin de la guerre froide, comme le marchepied des Etats capitalistes. Grâce au soutien des anciens États communistes devenus désormais des États satellites des Etats-Unis et de l’Union européenne, des tribunaux pénaux spéciaux et une Cour pénale internationale ont été créés pour juger et punir les Chefs d’État récalcitrants comme Milosevic. Quand on parle aujourd’hui de l’ONU, on pense immédiatement comme le chien de Pavlov à la communauté internationale. Cette soi-disant communauté internationale, composée de six pays, membres permanents du Conseil de Sécurité, évoque le chapitre VII de la Charte et prend des résolutions d’envahir tel pays ou tel autre sous prétexte de maintien de la paix et de la sécurité internationales. Parfois, en cas de dissensions au sein du Conseil de sécurité, comme ce fut le cas avec la guerre en Irak, les États impérialistes envoient leurs troupes pour occuper les pays convoités quitte à faire appel à l’ONU pour couvrir et redonner légitimité à leurs occupations militaires comme en Irak et en Afghanistan. Alors que l’État sioniste représente depuis plus de 60 ans une menace permanente et sérieuse dans la région du Moyen Orient, jamais le chapitre VII de la Charte des Nations Unies n’a été brandi contre Israël dont les crimes en Palestine ont été, bien au contraire, récompensés et légitimés par le veto américain au sein du Conseil de sécurité. C’est encore le cas, il y a quelques jours, avec Suzanne Rice, et comme ce fut le cas jadis avec John Bolton, Jeanne Kirpatrick et Madeleine Albright qui, d’ailleurs, n’ont jamais fait mystère de leur haine et de leur profond mépris à l’égard de l’ONU et de ses institutions. Le désaccord au sein des membres du Conseil de sécurité n’a pas empêché George Bush d’envahir l’Irak aidé par quelques pantins européens, l’anglais Blair, l’Espagnol José Maria Aznar, l’italien Berlusconi, le Portugais José manuel Barroso, le tchèque Vaclav Havel, le hongrois Peter Mijissai, le Polonais Lack Miller et le danois Andreas Rasmussen. Les dirigeants du tiers-monde qui prônent la réforme de l’ONU pèchent soit par naïveté soit par ignorance car ils n’ont pas compris que les relations internationales sont régies par la force et la violence et une organisation internationale comme l’ONU n’a aucun pouvoir dans le maintien de la paix et de la sécurité. Le naïf ministre égyptien de la culture découvre après coup, suite à son échec face à Irena Bokova dans la course à la présidence de l’Unesco, que celle-ci était une institution politisée et sous influence du lobby sioniste français et américain. Depuis sa création en 1945, l’ONU a été conçue comme un instrument docile entre les mains des États impérialistes pour faire main basse sur les ressources naturelles en Afrique, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Ceux qui exigent aujourd’hui sur la tribune de l’Assemblée Générale une simple réforme de l’ONU sont des rêveurs et des utopistes, car ce n’est pas la réforme de l’ONU qu’il faut exiger mais son abolition, sa dissolution et sa disparition pure et simple de la vie internationale. Au lieu de faire de la figuration et avec un peu de courage, les dirigeants des pays du tiers monde feraient mieux de franchir le Rubicon en se retirant purement et simplement de l’ONU. Mais que l’on se rassure, avec ou sans l’ONU, les relations internationales seront toujours dominées par les puissances impérialistes qui continueront leurs croisades et leurs guerres partout où il y a des puits de pétrole et des matières premières à piller et à exploiter. FAOUZI ELMIR Mots-clés : ONU, réforme, dissolution.
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