CONQUETE DE LA LUNE: ESSAI DE PSYCHANALYSE

Publié le par ELMIR

40ème anniversaire de la conquête de la Lune POUR UNE SOCIOLOGIE DE L’ANGOISSE Depuis une semaine, les Etats-Unis et leurs satellites européens célèbrent en grande pompe le 40ème anniversaire du voyage d’Apollo 11 et la marche du premier homme sur la Lune le 20 juillet 1969. Des journalistes et des scientifiques se bousculent pour venir relater dans les menus détails les préparatifs du voyage d’Apollo 11 qui avait permis aux trois astronautes, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins de fouler pour la première fois dans l’histoire de l’humanité le sol lunaire. À cette occasion, des festivités et des expositions sont organisées aux Etats-Unis et en Europe avec la réception à la Maison Blanche de l’équipage d’Apollo 11. Outre une conférence de presse donnée au siège de la Nasa à Washington, des images seront diffusées sur les sites d’alunissage et une soirée muscade sera animée par l’Orchestre symphonique national à Washington. Des festivités sont également prévues au Centre Kennedy en Floride, au centre spatial de Houston au Texas et au musée de l’Air et de l’Espace. Ce tapage médiatique autour du voyage d’Apollo a de quoi surprendre quand on sait que le programme d’Apollo a été un fiasco total et dont les résultats sont insignifiants pour ne pas dire nuls au regard des sommes colossales dépensées. Par exemple, du point de vue de la connaissance, le programme d’Apollo n’a réalisé aucun progrès épistémologique puisque les connaissances que nous avons de la Lune et de son environnement remontent à Galilée. Les moyens déployés par le programme d’Apollo sont gigantesques puisqu’il a mobilisé 400 000 personnes et a coûté 25,4 milliards de dollars en 1969, soit 135 milliards en 2009. Alors que l’argent coule à flot pour envoyer des hommes dans l’espace, 95% des 6,2 milliards de terriens vit dans la misère et la privation et les milliards de dollars dépensés pour des résultats si maigres auraient pu nourrir des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui meurent de faim en Afrique ou ailleurs. Contrairement à la célèbre phrase prononcée par Neil Armstrong pour qui marcher sur la Lune est un grand pas pour l’humanité, le voyage d’Apollo en juillet 1969 n’a fait avancer d’un seul iota l’humanité, à cause d’un mode de production fondé sur l’exploitation et le pillage des ressources naturelles des pays du tiers monde. Depuis la conquête de la Lune, le sort de la planète terre et les conditions de vie de l’écrasante majorité des hommes vivant sur la terre, loin d’être améliorés, se sont, bien au contraire, fortement et dangereusement dégradés. Depuis 40 ans, les terriens subissent de plein fouet les effets ravageurs et dévastateurs d’un système impérialiste mondial impérialiste qui a mis à feu et à sang notre planète terre. Si le programme d’Apollo n’a rien changé au sort de l’humanité, il a en revanche permis à quelques industries de faire leur beurre notamment les industries fabriquant des matériaux et des circuits intégrés qui ont permis l’essor et le développement de l’informatique. Il faut dire que ce fameux voyage d’Apollo et la marche du premier homme sur la Lune le 20 juillet 1969 sont tombés dans les oubliettes de l’histoire puisque cet événement est passé inaperçu il y a 10, 20 ou 30 ans. Pourquoi alors ce réveil subit et cet engouement soudain pour le voyage d’Apollo 11 et la marche sur la Lune le 20 juillet 1969 ? Si les Etats-Unis et leurs satellites n’avaient pas célébré en grande pompe, contrairement à ce qui se passe aujourd’hui, les 10ème, 20ème ou 30ème anniversaire de la conquête de la Lune, c’est parce que les États capitalistes n’avaient pas besoin d’un tel événement pour montrer leur puissance et leur hégémonie planétaire. En juillet 1979 ou en juillet 1989, malgré la guerre du Vietnam et la crise économique mondiale, les Etats-Unis restaient la première puissance économique et militaire et ils allaient devenir quelques mois plus tard avec la Chute du mur de Berlin en novembre 1989, le maître incontestable du monde. En Juillet 1999, les Etats-Unis, leurs satellites européens et l’OTAN ont resserré encore un peu plus leur étreinte sur le reste du monde puisqu’ils venaient de rayer de la carte d’Europe, le dernier vestige du communisme, avec le démantèlement de l’ex-fédération yougoslave. Quand on est le maître du monde, on n’a pas besoin du passé, de ses mythes et de ses légendes pour montrer sa puissance puisque les faits parlent d’eux-mêmes. Si les Etats-Unis et leurs satellites européens n’avaient pas célébré en grande pompe le 30ème anniversaire de la conquête de la Lune en juillet 1999, c’est parce qu’ils étaient à l’apogée de leur puissance et que leur domination sur l’ensemble de la planète était un fait avéré et indiscutable. À quoi bon faire appel au passé et aux mythologies politiques quand le présent sert lui-même de pièce de conviction et suffit amplement à prouver la puissance et la domination des maîtres actuels du monde ? Mais, depuis dix ans, le monde a changé et notre monde en juillet 2009 n’est plus celui de juillet 1999. En dix ans, entre 1999 et 2009, le monde capitaliste dominé par les Etats-Unis vacille sur ses pieds et subit de plein fouet les effets d’une crise mondiale sans précédent. La crise immobilière de subprime et la cascade de faillites des grandes banques américaines ont mis à genoux le l’économie capitaliste que l’on croyait prospère et florissant. Les États capitalistes découvrent du coup une économie vacillante, un colosse aux pieds d’argile mais aussi un système qui n’est plus viable et qui s’oriente inexorablement vers sa fon promulguée. La théorie de la fin de l’histoire de Samuel Huttington s’est ainsi trouvée en porte à faux et infirmée par les faits quand les grandes banques américaines, symbole de la toute puissance économique américaine, se sont effondrées en quelques semaines comme un château de cartes. Les aventures militaires des Etats-Unis et de leurs satellites européens en Afghanistan et en Irak qui ont coûté des trillions de dollars ont saigné à blanc l’économe américaine qui est dans un état de putréfaction avancé et qui ne doit sa survie qu’à la perfusion publique avec à la clé des plans de relance à répétition financés par l’argent du contribuable et par l’épargne populaire. Les Etats-Unis et leurs satellites européens constatent par eux-mêmes que leur système tant vanté est en train de mourir de sa mort naturelle, à petit feu, faute de solutions et d’alternatives crédibles. En témoigne le nombre de chômeurs qui grimpe en flèche et que personne n’a la potion magique pour arrêter l’hémorragie et la descente en enfer. Pour divertir et maquiller les problèmes existentiels des victimes du capitalisme, les stratèges de la propagande politique rivalisent d’imagination en inventant des thèmes et des sujets comme la soi-disant pandémie de la grippe porcine. L’idée de célébrer en grande pompe le 40ème anniversaire du voyage d’Apollo 11 fait partie d’un plan préétabli décidé et concocté par des scientifiques et des agents de la propagande politique aux Etats-Unis et en Europe dans un but bien précis : manipuler le psychisme des masses. Mais la célébration du 40ème anniversaire de la marche du premier homme sur la Lune doit être interprétée aussi comme un symptôme pathologique de sociétés rongées par la peur et l’angoisse. N’ayant plus de perspectives d’avenir, les classes dominantes des Etats capitalistes sont en proie à des doutes et à des incertitudes qui favorisent les relents millénaristes, les nostalgies passéistes, le culte du chef charismatique et les obsessions maléfiques. La peur et la perte de sens provoquent la paralysie et l’inertie du corps social. L’inertie sociale et politique Marx la considère comme une forme d’aliénation engendrée par la division du travail dans le mode de production capitaliste et que certains sociologues comme Durkheim et Robert Merton l’analysent en termes d’anomie. Le sociologue américain Merton appelle anomie une situation objective d’un système social et « anomia » la réaction subjective de l’individu. Merton considère comme principal facteur objectif l’énorme décalage qui existe entre les objectifs acceptés par toute une société et les moyens réels de les atteindre qui sont à la disposition d’une partie seulement des membres de cette société. La meilleure illustration de ce décalage est la prospérité économique que tous rêvent d’atteindre mais à laquelle seulement quelques-uns parviennent. Dans ce cas, l’anomie se manifeste par la frustration et par un sentiment général d’impuissance due à l’impossibilité d’atteindre cet objectif dans le cadre d’une société existante. C’est ce décalage entre les objectifs et les moyens qui conduit à un phénomène de régression et à la recherche d’objets imaginaires et fantaisistes en signe de compensation. Pour Freud le recours à des objets fantastiques est provoqué par l’introversion considérée comme le décalage entre l’état d’insatisfaction de la libido et sa régression vers des objets imaginaires ou fantaisies. Pour Freud, c’est l’introversion qui se trouve à l’origine de la vie imaginative et qui favorise l’éclosion de l’art. Un artiste qui est par définition un introverti est un névrosé en puissance qui créé et invente un monde imaginaire pour compenser un manque et une insatisfaction réelle dans la vie quotidienne. Méfions-nous des apparences trompeuses. Dans la célébration du 40ème anniversaire du voyage d’Apollo sur la Lune, il n’y a pas que de la science et de la technique. Il y a aussi une action de thérapie sociale et un brin de nostalgie envers un passé à jamais révolu. Au-delà du pavoisement et de l’autosatisfaction, la célébration du 40ème anniversaire d’Apollo révèle l’angoisse et la peur des classes dominantes dans les États capitalistes qui cherchent à les exorciser par la sublimation,par l’évasion extraterrestre et par la construction d’un monde imaginaire et fantastique. Ce phénomène de régression vers les objets imaginaires est le propre des grandes civilisations qui, à l’heure de leur crépuscule, opéraient un repli vers leur passé en inventant des mythes et des mythologies pour compenser leur impuissance à dominer le présent et à prévoir l’avenir. FAOUZI ELMIR Mots-clés : conquête de la Lune, Apollo 11, psychanalyse.
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