LUTTES DE CLASSES EN IRAN

Publié le par ELMIR

LA LUTTE DE CLASSES EN IRAN Dans un précédent article, nous avons voulu montrer que les événements post électoraux en Iran pouvaient suggérer un rapprochement avec les révolutions rose et orange en Géorgie et en Ukraine(voir le Remake uranien des révolutions rose et orange). Mais l’Iran n’est ni la Géorgie ni l’Ukraine et tout indique que les mouvements de protestation contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejade vont se résorber progressivement dans quelques jours et que les choses vont reprendre leur cours normal. La crise actuelle, la plus importante depuis 30 ans, à laquelle se trouve confrontée la République islamique d’Iran va donner des fils à retordre et au gouvernement actuel et au régime des Mollahs iraniens. Les séquelles psychologiques et politiques de cette crise marquent un tournant dans l’histoire de la révolution et vont entraîner par voie de conséquence une recomposition au sein du pouvoir et des cercles dirigeants du pays. Mais au-delà des événements qui ont secoué l’Iran, il faudra analyser l’ensemble des éléments qui se sont dégagées au cours de cette crise et essayer de les mettre en perspective. Avant d’aller plus loin, précisons d’emblée que la révolution iranienne n’est pas vraiment une révolution proprement dite comme les grands révolutions de l’histoire, la Révolution française, la Révolution russe ou la Révolution chinoise. Une révolution se caractérise par les traits suivants : 1) destruction des anciens rapports de production et leur remplacement par de nouveaux rapports sociaux plus adaptés aux besoins du développement économique ; 2) conquête du pouvoir politique par une nouvelle classe dirigeante qui établit sa suprématie. Une révolution ne peut pas se déclencher ni à plus forte raison triompher à n’importe quel moment. Il faut pour cela un minimum de conditions : exacerbation extrême des contradictions fondamentales de la société, crise nationale affectant les exploités et les exploiteurs, situation pré-révolutionnaire. La soi-disant révolution iranienne ne possède aucun des attributs d’une révolution classique, la révolution française ou la révolution russe par exemple. Le renversement du régime du Chah et la fin du règne de la famille Pahlavi n’ont pas entraîné la destruction des anciens rapports sociaux et leur remplacement par de nouveaux rapports sociaux adaptés aux besoins du développement économique révolutionnaire. La propriété privée des moyens de production n’a pas été abolie et il n’y a pas eu une réforme agraire comme en Russie ou en Chine visant à redistribuer la terre aux paysans. Bien au contraire, les Mollahs iraniens sont des anticommunistes et ils sont hostiles à toute forme de collectivisme ou de redistribution des terres et des richesses aux paysans et aux classes pauvres. Ce qui s’est passé en Iran. en 1979, c’est une révolution de palais où l’élite iranienne laïque a été remplacée par une nouvelle élite religieuse, les Mollahs et les Ayatollahs. En février 1979, c’est l’arrivée de l’islam politique au pouvoir en Iran. Mais l’islam politique n’a pas une vocation révolutionnaire dans le sens où il n’a pas un projet clair, net et précis visant à détruire les anciens rapports sociaux et à les remplacer par de nouveaux rapports sociaux adaptés aux besoins du développement économique. L’Islam politique fait appel aux sentiments religieux des croyants et des fidèles pour mobiliser la rue et pour chasser des dirigeants corrompus mais il n’a ni projets ni alternatives crédibles et originaux pour jeter les structures d’une société nouvelle. Si l’Islam politique n’est pas une force de transformation et de progrès mais une force de régression et de conservation, c’est parce qu’il est à la fois le rejeton et le prolongement de l’impérialisme et du capitalisme mondial. La crise actuelle en Iran témoigne de l’incapacité de l’Islam politique à s’émanciper à l’égard de son créateur et de son géniteur, l’impérialisme et le capitalisme. Les luttes auxquelles se livrent actuellement conservateurs et modérés au sein du pouvoir iranien montrent si besoin est et la crise et l’impasse de l’Islam politique qui n’a ni projet ni vision claire de l’avenir. L’Islam politique est le produit d’un système impérialiste au sein duquel il est condamné malgré lui à végéter. . L’Islam politique a toujours nié la réalité des classes sociales et de leurs luttes comme moteur de l’histoire. Les événements iraniens actuels lui apportent un démenti cinglant puisque nous assistons aujourd’hui à une véritable lutte de classes. Il y a d’un côté la classe des exploités représentée par le président sortant et réélu Mahmoud Ahmadinejade et de l’autre la bourgeoisie iranienne représentée par les candidats modérés et par des anciens et nouveaux hauts dignitaires du régime. Quand on parle de bourgeoisie dans les pays du tiers-monde, il faut entendre par ce terme la bourgeoisie compradore qui est l’émanation du système impérialiste et du capitalisme mondial. Les bourgeoisies compradore défendent leurs propres intérêts et elles sont les alliés objectifs des forces impérialistes mondiales. D’autre part, les analystes et les commentateurs considèrent que les meneurs des mouvements de contestation en Iran appartiennent aux classes moyennes. D’abord, les classes moyennes ne forment pas une classe en soi mais elles sont des groupes sociaux intermédiaires mis au service du capital et de la bourgeoisie. Ensuite, les mouvements de contestation sont composés de groupes hétérogènes n’ayant aucun objectif en commun si ce n’est la protestation contre les résultats de l’élection présidentielle. Enfin, les actions et les moyens déployés par les contestataires sont financés par des ONG étrangères comme ce fut le cas lors des révolutions rose et organe en Géorgie et en Ukraine. Ceux qui mènent la contestation contre le régime iranien n’ont aucune conscience politique, ils sont tout simplement des mercenaires payés par des forces étrangères pour semer le désordre dans la rue et pour crier des slogans hostiles au président réélu. C’est à quoi nous assistons aujourd’hui en Iran, c’est une lutte de classes entre les classes exploitées iraniennes représentées par Mahmoud Ahmadinejade et la bourgeoisie compradore représentée par les leaders qui mènent la contestation contre un président réélu démocratiquement. Le soutien de l’Occident à ces derniers est la preuve que les bourgeoisies des pays du tiers monde sont des bourgeoisies compradore et non des bourgeoisies proprement nationales et qu’en cas de menace sur leurs intérêts, elles n’hésitent pas à faire appel au soutien de leurs maîtres dans les métropoles impérialistes. FAOUZI ELMIR Mots-clés : Iran, LUTTES DE CLASSES, pouvoir, contestation,

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