ACCIDENT D'AVION RIO-PARIS

Publié le par ELMIR

ACCIDENT D’AVION RIO-PARIS

LES PASSAGERS D’AF 447, VICTIMES DE LA LOGIQUE MERCANTILE ET DE LA TYRANNIE DE LA SCIENCE ET DE LA TECHNIQUE

 

Les 216 passagers et 12 membres d’équipage du vol AF 447 d’Air France RIO DE JANEIRO-PARIS ne sont jamais arrivés à destination. Ils sont probablement morts quelque part entre le Brésil et le Sénégal. En ce moment de deuil et de tristesse pour les familles et les proches des victimes, il serait naturellement indécent de parler des causes de l’accident. A ce stade, il est prématuré de se poser la question : cette catastrophe aurait-il pu être évitée ? De toutes les façons, il faudra un jour poser la question des responsabilités, s’il y en a, pour éviter d’autres catastrophes de ce genre dans l’avenir. Par respect pour la mémoire des disparus, il serait intéressant de chercher à comprendre les circonstances et les conditions de cet accident tragique survenu neuf ans après le crash du Concorde en juillet 2000 qui avait fait 113 morts. Le Bureau Enquête et accident(BEA) chargé de reconstituer les circonstances « exactes » des accidents aériens et de dire « ce qui s’est réellement passé » ne peut pas tout dire à cause des enjeux économiques considérables et pour AIR France et pour l’avionique Airbus. Au vu des premiers éléments relatifs aux circonstances de l’accident, il semble que la catastrophe aérienne Rio-Paris aurait pu être évitée si nos sociétés actuelles n’étaient pas gouvernées par la logique du profit et de la rentabilité à tout prix. Pour dire les choses un peu crûment et d’une façon abrupte, les passagers de l’avion Rio-Paris sont victimes de la logique marchande qui conditionne l’ensemble des rapports sociaux.

 

DES HYPOTHÈSES CONTESTABLES ET NON-CRÉDIBLES

 

La version officielle donnée par le directeur de la communication d’Air France selon laquelle l’AIRBUS a été foudroyé n’est pas tout à fait crédible. À côté de l’hypothèse de la foudre apparaît une autre hypothèse, celle de l’attentat. L’hypothèse de l’attentat comme celle du terrorisme a pour but de dédouaner AIR France AIRBUS de leurs responsabilités dans la catastrophe aérienne. Quant à la thèse du foudroiement de l’avion, elle reste encore une hypothèse mais une hypothèse très probable. À lire et à écouter les commentaires des spécialistes de l’aéronautique, les avions sont équipés pour limiter l’impact de la foudre sur la structure des appareils. Pour être habilité à voler, les appareils sont soumis à de nombreux tests effectués dans des conditions atmosphériques extrêmes y compris des tests de résistance à la foudre. Les structures des avions sont fabriquées à partir de matériaux synthétiques assez résistants et isolants pour empêcher tout dommage et tout dysfonctionnement grave du circuit électrique. À vrai dire, la foudre qui ne touche qu’exceptionnellement les avions pas directement dangereuse pour les occupants qui risquent seulement d’être temporairement aveuglés ou assourdis. La foudre peut en revanche endommager les moyens radio qui peuvent être stoppés à proximité des orages. Comment peut-on alors affirmer que les avions sont conçus pour résister aux foudres et soutenir l’hypothèse du foudroiement?

 

S’il est évident que la foudre est l’une des causes de l’accident, elle n’en est toutefois pas l’unique cause contrairement à la version officielle d’Air France. Autrement dit, la foudre n’est pas le seul élément d’explication de la catastrophe aérienne. L’hypothèse d’une panne technique de l’un des réacteurs n’est pas exclue, mais l’Airbus A 330 d’Air France qui s’est abîmé en mer est un appareil récent puisqu’il est mis en service en 2005 et la dernière opération de maintenance date de mi-avril 2009. La qualification et la compétence du commandant de bord ne sont pas non plus en cause puisque ce dernier avait à son actif 11 000 heures de vol dont 1700 sur l’Airbus A 330. En l’état actuel des choses, il y a tout lieu de penser que les causes de l’accident ne sont pas dues à une quelconque défaillance et de l’homme et de la machine puisqu’ils étaient censés être préparés pour affronter des situations météorologiques extrêmes.

 

Mais la grande question qui mérite d’être posée est celle qui concerne la décision de poursuivre le vol Rio-Paris malgré un dossier météorologique signalant l’existence de phénomènes dangereux sur la trajectoire de l’avion. En réalité, l’Airbus A 330 aurait dû procéder à la modification du plan de vol en tenant compte d’une zone de perturbation tempétueuse que les météorologues appellent le « pot au feu ». Grâce au dossier météorologique, les pilotes d’avion sont informés en temps réel des conditions atmosphériques tout le long de la trajectoire. Que trouve-t-on au juste dans ce dossier météorologique ? Celui-ci se compose de messages et de prévision ainsi que des cartes décrivant le temps prévu en surface et en altitude. Les messages d’observation sont très fiables puisque observés avec l’aide des satellites. Il y a ce que l’on appelle les METAR, des messages rédigés automatiquement toutes les heures ou demi-heures. D’autres messages peuvent être rédigés occasionnellement en cas de changement des conditions météorologiques. Ce sont les messages SPECI. Il existe aussi des messages signalant des phénomènes dangereux, le SIGMET rédigé par des services météorologiques spécialisés qui recensent la présence de cumulonimbus, d’orage, de givrage fort, de forte grêle, de ligne d’orages, de turbulence forte ou d’ondes orographiques marquées. Les messages de prévision, le TAF, décrit le temps pour une durée de 9 heures. La carte TEMSI est tracée huit heures avant la validité. Elle est valable pour une heure donnée et diffusée toutes les 3 heures. L’information météorologique décrit la situation générale et comprend une analyse du flux en altitude, une description frontale et les conditions prévues pour la durée du vol.  

 

Lors de l’élaboration du plan de vol et du dossier météorologique, l’équipage du vol AFF 447 savait parfaitement qu’il allait affronter une zone de perturbation tempétueuse tropicale très dangereuse pour la navigation aérienne. Au lieu de modifier le plan de vol et la trajectoire pour contourner la zone tempétueuse, le commandant de bord a pris la décision lourde de conséquences consistant à décoller avec ses 216 passagers et ses 11 collègues du personnel naviguant en se jetant carrément dans la gueule du loup, dans ce « pot au feu » formé par la rencontre des masses d’air sec et froid d’origine polaire et des masses d’air humide et chaud d’origine tropicale. Même après le décollage de l’appareil de Rio de Janeiro, le commandant de bord avait encore la possibilité de changer de trajectoire et d’éviter la zone dangereuse grâce aux radars lui indiquant, par un voyant rouge, la présence à environ 20 km de zone de perturbation tempétueuse tropicale.

 

LA DÉSHUMANISATION PAR LA SCIENCE ET LA TECHNIQUE

 

L’accident de l’Airbus d’Air France et la mort de 228 passagers à bord posent la question des rapports de l’homme avec la science et la technique. A entendre les scientifiques et les ingénieurs, la science et la technique sont des merveilles du monde et peuvent accomplir des miracles. Grâce à la science et à la technique, la nature est enfin dominée et maîtrisée et l’homme n’a que prosterner et tout accepter aveuglement. Or c’est là que résident l’erreur et les illusions des scientifiques et des ingénieurs, car la machine reste une machine et l’homme reste un homme. Autrement dit, la machine exécute les mouvements que l’homme lui demande de faire. La machine n’a pas à se substituer à la faculté de juger de l’homme. Pour démultiplier les forces capables de domestiquer le monde naturel, celui-ci a inventé des outils et des objets techniques qui sont des simples instruments destinés à vaincre les obstacles et l’hostilité des milieux naturels. Aujourd’hui, la technique est devenue une idéologie qui marque l’univers mental de l’homme et le domine. La décision du commandement de bord de maintenir son plan de vol initial malgré sa connaissance des risques encourus avec la présence sur sa trajectoire d’une zone dangereuse pour la navigation aérienne est un exemple type de cette confiance aveugle de l’homme dans la technique et dans la machine. Malheureusement, ce sont cette soumission aveugle et le manque de distance par rapport à la machine qui ont poussé le commandant de bord à prendre la décision fatale en s’engageant dans la zone de perturbation tempétueuse tropicale et en croyant dur comme fer que sa machine, l’Airbus, allait vaincre sans problème des phénomènes météorologiques réputés dangereux. Si le commandant de bord comme d’ailleurs tous les hommes de notre époque, n’était pas aveuglé par l’idée de la supériorité de la science et de la technique et par l’impératif impérieux de se soumettre aveuglement à leur diktat, il n’aurait jamais pris le risque d’affronter des phénomènes météorologiques d’une telle ampleur. Nous ne parlons pas seulement de l’aveuglement du seul commandant de bord par la science et de la technique, mais cette soumission aveugle et servile au mythe d’une science et d’une technique invincibles est le caractère dominant de notre époque. Si l’homme est devenu l’esclave de la technique, c’est parce qu’il s’est laissé envahir et dominer par la science et la technique. Pour faire l’économie d’autres catastrophes, il faut tout d’abord que l’homme se libère de la tyrannie et de la barbarie de la science et de la technique.

 

LES PASSAGERS DE L’ACCIDENT DE L’AIRBUS :

VICTIMES DE LA LOGIQUE MERCANTILE

 

Jusqu’ici, nous avons suggéré l’idée que le crash Rio-Paris aurait pu être évité si le commandant de bord n’était pas dominé par le faux postulat de la supériorité de la science et de la technique et s’il ne croyait pas dur comme fer à la toute puissance et à l’invincibilité de sa machine, l’AIRBUS A 330. Parmi les causes de la catastrophe aérienne, il y a certes la croyance et la soumission aveugles de l’homme à la machine, mais il y également la logique mercantile qui domine le mode de fonctionnement de nos sociétés. Depuis la dérégulation et la libération des transports aériens suite au déferlement nihiliste de la révolution néo conservatrice, la compétition exacerbée entre les compagnies met les hommes et les machines à rudes épreuves. Depuis, les conditions de travail du personnel navigant se sont sérieusement dégradées à cause de la baisse des effectifs. La course effrénée aux rendements et à la rentabilité pousse à des économies dans tous les domaines notamment dans celui de la maintenance des avions. Pour les amortir et les rentabiliser, les compagnies aériennes sont contraintes de multiplier les rotations de leurs avions avec toutes les conséquences dramatiques sur l’état physique et psychique du personnel naviguant.

 

Sans la logique mercantile et la course effrénée aux rendements et à la rentabilité, l’accident de l’Airbus A 330 aurait pu être évitée. D’abord, en prenant la décision d’annuler tout simplement le vol AF 447 Rio-Paris après l’élaboration du dossier météorologique et après la prise de connaissance par le commandant de bord et du copilote des phénomènes météorologiques dangereux. Mais cette annulation est inacceptable pour une société capitaliste comme AIR France qui raisonne en termes de coûts et de profits exprimés en euros et en dollars et non pas en termes de vies humaines.  Car les vies humaines et la sécurité des hommes sont le cadet des soucis d’une économie dominée et régie par la logique marchande.

 

Le deuxième cas de figure est la modification de la trajectoire du plan de vol Rio-Paris. Cette modification de la trajectoire qui vise à contourner la zone de perturbation tempétueuse tropicale en faisant escale dans des aéroports africains pour approvisionnement en carburant entraînerait des coûts supplémentaires pour AIR France qui est obligée de débourser et les frais de carburant et les taxes d’aéroport et éventuellement la prise en charge de l’hébergement des passagers lors d’une escale. Ce sont ces calculs purement mercantiles qui sont très souvent à l’origine des catastrophes aériennes et la perte inutiles de vies humaines. Sans détour, on peut dire que les passagers du vol AF 447 Rio-Paris sont bel et bien les dernières victimes de la logique mercantile qui domine nos sociétés.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Accident aérien, vol Rio-Paris, déshumanisation, science et technique, logique marchande

 

 

 

 

 

Publié dans ECONOMIE

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