GRIPPE PORCINE, AUTOPSIE D'UNE PROPAGANDE CAPITALISTE(CINQUIEME PARTIE)

Publié le par ELMIR

GRIPPE PORCINE A/H1N1 :

AUTOPSIE D’UNE PROPAGANDE CAPITALISTE 

(Cinquième partie)

(Suite et fin)

 

FIN DE LA PROPAGANDE ?

 

« Fin de la propagande », ce titre un peu ambigu mérite une clarification. Ce titre suggère à première vue que nous entrons désormais dans l’ère du dépérissement et de la disparition de la propagande. Ce n’est pas exactement de cette manière là que les choses se présentent. Rappelons d’abord cette évidence, une propagande est à la fois un art et une technique nécessitant une organisation complexe et la mobilisation d’énormes moyens et de compétences humains, techniques, scientifiques et financiers. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas n’importe qui peut organiser et mettre en oeuvre une propagande. Seuls ceux qui ont les moyens financiers peuvent acheter de mass medias et des canaux de communication de masse et s’adjoindre les services des spécialistes dans les domaines de la psychologie sociale, de la sociologie, de la science politique, des sondeurs d’opinions, des enquêteurs etc. On voit mal les partis communistes et les partis d’extrême gauche mener une contre propagande dans les sociétés capitalistes, car ils ne disposent de ressources suffisantes pour l’organiser à l’échelle de tout un pays. Les représentants des partis communistes d’extrême gauche viennent redire ce qu’ils ont dit quatre ou six ans auparavant puis ils disparaissent du paysage médiatique pour ne réapparaître que quatre ou six ans plus tard. Pendant ce temps là, seule la propagande capitaliste organisée par les mass medias privées et publiques s’occupe du viol psychique des masses. Contrairement aux apparences, il n’existe pas dans les sociétés capitalistes plusieurs propagandes mais une seule et unique propagande, monopolisée par le grand capital et l’Etat capitaliste pour sauvegarder les intérêts capitalistes et pour défendre les fondements idéologiques et politiques d’un ordre établi.

 

L’avènement de l’Internet bouleverse la donne et va déboucher à terme à la fin de la propagande dans les sociétés capitalistes. Pourquoi l’Internet sonne-t-il le glas de la propagande capitaliste ? Pour répondre à cette question, il faut se rappeler que la propagande commence par l’information qui en est la condition première. Grâce à l’information, véridique ou présumée vraie peu importe, la propagande cherche à former une opinion homogène autour d’un problème à partir d’une multitude d’opinions individuelles que tout sépare. Pour réussir son coup et former une opinion sur un problème donné, la propagande doit non seulement informer elle-même ses victimes mais ses agents doivent coordonner leurs actions dans le temps et dans l’espace et ils doivent détenir le monopole et l’exclusivité dans la manière d’interpréter et d’« expliquer » le ou les faits rapportés par l’information. Avec l’Internet, la propagande capitaliste n’a plus le contrôle spatio-temporel de ses actions et elle a perdu du coup le monopole dans les interprétations données aux faits rapportés. Avec l’Internet, les sources d’information se sont multipliées ainsi que les analyses et les interprétations faites des événements. La propagande possède toujours ses multiples organes disséminés sur l’ensemble des territoires mais elle a perdu le monopole des interprétations des faits.

 

Pour faire comme l’individu lambda dans sa contre propagande, nous voulons rebondir sur les trois thèmes martelés par la propagande depuis plus de vingt ans. Il y a fort à parier que si Internet existait il y a vingt ou quinze ans, les trois thèmes n’auraient jamais prospéré et ils auraient fini dans la nasse. Il y a certes de la violence dans la société quand la propagande nous montre des actes de vol ou d’agression. Mais là où la propagande devient un tissu de mensonges, c’est quand elle cherche à interpréter le vol ou l’agression comme ayant leur source dans la personnalité du voleur et de l’agresseur et non dans un système social qui secrète le vol et l’agression. La propagande devient un tissu de mensonges quand elle attribue les problèmes de l’insécurité à des individus en cherchant à occulter la nature d’un système délictogène et criminogène, en l’occurrence le système capitaliste. Pourquoi un voleur vole-t-il les objets s’il avait de quoi les acheter? Si le voleur avait les moyens d’acheter, il ne volerait pas ; il deviendrait un acheteur comme les autres pigeons. Si l’on vole, ce n’est pas parce que le vol se trouve dans notre programme génétique. C’est la violence sociale et symbolique qui pousse et qui prédispose l’individu à devenir voleur, violeur et violent. L’insécurité fabriquée par la propagande politique n’est pas vraiment le vrai problème de nos sociétés actuelles; elle n’est ni plus ni moins qu’une instrumentalisation de la violence à des fins de domination sociale et politique. La vraie insécurité, c’est-à-dire celle qui mine et qui angoisse l’individu, est l’insécurité matérielle, économique et financière. L’insécurité engendrée par le système capitaliste n’a donc rien à voir avec l’insécurité fabriquée par la propagande politique qui s’en sert à des fins de manipulations psychologiques des masses.

 

On peut dire la même chose de l’immigration. Les flux migratoires font partie intégrante de l’histoire des hommes. Que serait devenue l’histoire du monde si des hommes étaient restés confinés à l’intérieur des frontières de leur tribus ? Les grandes civilisations ont été bâties grâce aux flux migratoires, par des échanges et un brassage continus et permanents entre différents peuples. Que seraient devenus aujourd’hui les États unis d’Amérique sans émigrés et sans immigrants ? Les flux migratoires d’une zone géographique à une autre ont toujours été une constante dans l’histoire de l’humanité. Pourquoi l’immigration devient-elle aujourd’hui un problème? Pourquoi l’immigré devient-il la source ou la cause de tous les problèmes ? L’immigration n’est pas la source des problèmes; elle est en soi une richesse pour le genre humain. Les vrais problèmes des sociétés occidentales ne sont pas les immigrés mais le capitalisme et ses effets dévastateurs sur le genre humain(chômage, misère, pauvreté etc). Si l’immigration est devenue aujourd’hui un problème, ce n’est pas parce que les immigrés font problème, c’est parce que la propagande politique en a fait son problème à des fins de manipulations psychologiques des masses. L’immigration comme thème fabriqué par la propagande n’a rien à voir avec tous les problèmes engendrés par le système capitaliste, qui ne sont ni le fait des immigrés ni celui des « vrais » nationaux.

 

Quant au terrorisme, il n’y a pas photo, le terrorisme reste le triste privilège des États qui ont les moyens nécessaires pour pratiquer la terreur et qui disposent des armes sophistiquées pour pratiquer le terrorisme à l’échelle planétaire. Le terrorisme est avant tout une question de moyens, non de personnes, de nationalité ou de religion, car ceux qui sont dépourvus des moyens nécessaires pour devenir terroristes ne pourront être des vrais terroristes. Tout au plus seront-ils des apprentis terroristes. Les vrais terroristes, ce sont les États qui, eux, possèdent tout ce qu’il faut pour pratiquer la terreur à grande échelle. Si le voleur est mis à l’index et non les causes du vol, l’immigré et non le système capitaliste, le terrorisme et non les vrais terroristes, c’est parce que la propagande n’a pas pour vocation l’explication et la recherche de la vérité mais la pratique du mensonge à des fins de manipulation psychologique des masses.

 

Aujourd’hui, avec l’Internet, il devient possible de dévoiler et de contrecarrer les interprétations tendancieuses et simplistes de la propagande sur les thèmes de l’insécurité, de l’immigration et du terrorisme. C’était une chose impensable il y a quinze ou vingt ans. Ce qui explique l’imprégnation de ces trois thèmes dans les opinions publiques occidentales qui attribuent leurs problèmes à ceux qui ont été concoctés et fabriqués par la propagande politique. Grâce à Internet, nous avons d’autres sources d’informations et d’autres interprétations des faits et des événements. C’est parce qu’elle a perdu le monopole et l’exclusivité dans la manière « d’expliquer » et d’interpréter les faits et les événements que la propagande se montre incapable de former une opinion sur les problèmes qu’elle fabrique elle-même et sur les thèmes qui font l’objet de son plan de campagne.

 

Plusieurs signes avant-coureurs montrent la fin annoncée de la propagande. D’abord, l’échec patent de la propagande sur la grippe porcine. En effet, depuis quelques jours, le thème de la grippe porcine s’éclipse progressivement pour laisser place aux poncifs habituels de la propagande, l’insécurité, l’immigration, le terrorisme, l’anticommunisme. À la place de la grippe porcine, la nouvelle marotte des mass medias, ce sont les sectes, la scientologie, le téléchargement, la dissidente birmane. En s’arrêtant au bout de deux semaines après son déclenchement, la propagande sur la grippe porcine fut un échec total par rapport aux précédentes propagandes sur la vache folle, la grippe aviaire et la SRAS. Pour qu’elle soit efficace et pour qu’elle atteigne ses objectifs psychologiques, une propagande doit être continue, durable et elle ne doit jamais s’arrêter une fois lancée. Pour que les réflexes conditionnés puissent se fixer, il faut un martelage continu et un long processus de répétition et d’imprégnation du ou des thèmes préalablement sélectionnés par les stratèges de la propagande. Une propagande réussie est celle qui ne laisse aucun répit à l’individu, car si celui-ci n’entend pas se répéter pendant 24 heures ou de 48 heures, les mêmes mots, les mêmes termes, et s’il ne voit pas les mêmes images qui défilent sur l’écran de la télévision, il perd le fil et il finira par se reprendre et se ressaisir en allant ailleurs pour voir et entendre autres choses et un autre son de cloche. Une propagande qui s’arrête en cours de route, peu de temps après son déclenchement, est vite démasquée en tant que propagande et une fois démasquée comme telle, elle n’est plus crédible.  

 

Un autre signe de la fin de la propagande, c’est la victoire en France du non lors du référendum sur le projet de constitution européenne. Dans cette victoire du non, l’Internet a joué un rôle déterminant en devenant une sorte de contre propagande par les interprétations qu’il donnait du projet soumis au référendum et en dévoilant les vraies intentions de ses architectes. On se souvient tous comment les mass medias avaient pris fait et cause pour le oui, ce qui est normal quand on sait qu’elles représentent les organes officiels de la propagande.

 

Enfin, pour écarter un malentendu sur le rôle de l’Internet dans la victoire de Barak Obama, il convient de remarquer que ce n’est pas grâce à la toile que ce dernier a gagné les élections mais grâce à son trésor de guerre de 680 millions de dollars qui lui ont donné la possibilité de se payer ses spots publicitaires dans les mass medias américaines. Encore une fois, ce n’est pas l’Internet qui a fait gagner Obama, il a servi tout simplement d’appui aux canaux habituels de communication de masse.

 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : grippe porcine, propagande, capitalisme, virus, contre-propagande, épidémie, pandémie, maladie,  

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Publié dans PROPAGANDE

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