GRIPPE PORCINE, AUTOPSIE D'UNE PROPAGANDE CAPITALISTE(QUATRIEME PARTIE)

Publié le par ELMIR

GRIPPE PORCINE A/H1N1 :

AUTOPSIE D’UNE PROPAGANDE CAPITALISTE 

(Quatrième partie)

 

BUTS PSYCHOLOGIQUES DE LA PROPGANDE SUR LA GRIPPE PORCINE

 

La propagande n’a pas pour vocation d’éclairer le jugement des hommes et encore moins de leur expliquer le pourquoi et le comment des choses. La raison d’être de la propagande est de manipuler psychologiquement et de créer des êtres aliénés. À cet égard, la propagande s’avère une redoutable machine à fabriquer des hommes aliénés grâce à une connaissance très poussée du terrain psychologique. Le concept d’aliénation qui nous est familier est celui de Marx pour qui l’aliénation est engendrée dans la sphère de la production par la division du travail et par la séparation de l’ouvrier du son produit. L’exemple le plus connu d’aliénation par la création matérielle est l’asservissement de l’homme par la machine, c’est-à-dire par les moyens de production. Le fait que l’homme soit contraint de se séparer de ses moyens d’existence et de ses propres créations matérielles mène à son asservissement et à l’émergence d’un sentiment d’impuissance. Mais l’aliénation ne concerne pas seulement l’activité productive, elle est aussi présente dans d’autres domaines de la vie sociale, la production matérielle, la production intellectuelle et les relations humaines. Dans les relations humaines, l’aliénation engendrée par la propagande politique se manifeste par l’obéissance aveugle à des lois et des institutions, des règles, des codes et des normales sociales établies. L’aliénation par la propagande a pour effet la soumission aveugle à un ordre établi et l’hyperconformisme. Les dimensions subjectives de l’aliénation sont : l’impuissance, l’impression de non-sens, le manque de critères, l’isolement et en dernier lieu l’hyperconformisme social et politique.

 

Cela dit, la première loi de la propagande reste toute de même la loi de la conservation de l’individu. Pour provoquer l’instinct de conservation, le propagandiste doit recourir à un stratagème psychologique: il doit suggérer la peur et faire ensuite entrevoir l’issue de la situation dangereuse, la possibilité d’atteindre la sécurité par des actions qu’il suggère. Si la grippe porcine a été choisi comme thème de propagande, ce n’est pas par hasard, car cette maladie est contagieuse et c’est parce qu’elle est contagieuse qu’elle fait peur en mettant en danger la vie humaine. La grippe porcine fait peur, car elle peut se transmettre de l’animal à l’humain et entre les êtres humains. Elle peut se propager très rapidement, se transformer en épidémie voire en pandémie grâce à la grande mobilité des hommes et au développement des transports aériens. La grande force du virus, c’est qu’il se moque du temps, des frontières des États et des continents. Ce sont les caractères contagieux et la rapidité de propagation des virus qui intéressent en premier lieu les stratèges de la propagande. On a pu remarquer que les maladies virales constituent le terrain de prédilection de la propagande. Les épidémies virales n’ont en effet rien de nouveau et quand on évoque aujourd’hui l’épidémie de la grippe et du virus, on pense immédiatement à la grippe espagnole de 1918-1919 qui tua environ 20 millions de personnes. Les maladies bactériennes, ou l’épidémie ou la pandémie du cancer et des maladies cardio-vasculaires ne font pas l’affaire du propagandiste, car les bactéries peuvent être traitées et soignées le cas échéant avec des antibiotiques, ce qui n’est nullement le cas des virus. C’est parce que le cancer et les maladies cardio- vasculaires ne font pas assez peur qu’ils n’ont pas la préférence des stratèges de la propagande politique.

 

Si le virus de la grippe porcine fait si peur, c’est à cause de son pouvoir de multiplication et de sa propagation en un court laps de temps, d’une région à une autre et d’un continent à un autre. Mais au-delà de la rapidité de propagation des maladies virales, il y a l’idée de la souffrance corporelle et psychique induite par la maladie elle-même. Pour l’individu, le prototype de toute violence est, naturellement, la violence corporelle et la sensation de douleur qu’éprouvent les parties de son corps. La douleur, comme l’aliénation dans les relations humaines, est un mécanisme d’asservissement dont chaque individu est pourvu. Mais la douleur associée à d’autres excitations, visuelles ou tactiles qu’utilise la propagande, se transforme et prend la forme de menace. La menace devient efficace, c’est-à-dire apte à remplacer la douleur même, et à déclencher la réaction défensive négative- fuite ou l’immobilité due à la stupeur, paralysie- si ces excitations supplémentaires peuvent évoquer facilement des sensations équivalentes à celles orgiastiques du réflexe de douleur. La menace devient alors la forme la plus simple et la plus primitive d’une violence psychique. Mais comme il est toujours possible de greffer un réflexe conditionné sur un autre réflexe de degré supérieur, il serait possible d’utiliser n’importe quel signal ou excitant agissant sur les sens, une parole, une image, un symbole, une mélodie, un geste, un mouvement, pour déclencher une réaction. C’est précisément dans ce mécanisme si simple que réside la base de toutes les pratiques de la propagande politique, quelle que sa forme fasciste, nazie ou démocratique : menacer au moyen des symboles. L’émotion provoquée par la peur est un élément nécessaire de la lutte et surtout de la menace. La peur, liée aux manifestations de l’instinct de conservation, s’accompagne de troubles physiologiques marqués : battements du cœur deviennent généralement plus fréquents, tout le corps tremble à cause des contractions des muscles, la gorge se dessèche et se serre, et les membres, surtout les membres inférieurs, sont paralysés. On peut distinguer entre la peur passive et la peur active. La peur passive peut conduire jusqu’à la paralysie alors que la peur active mène à la fuite. La peur engendre un phénomène que l’on peut appeler la fascination. Dans la fascination, l’agresseur, c’est-à-dire le propagandiste, utilise des formes qui effraient la victime (le propagandé). La fascination a pour effet de neutraliser la volonté d’agir et de créer chez la victime une sorte de torpeur motrice qui paralyse sa faculté de fuir ou de se défendre. Ce phénomène de fascination a été observé chez certains serpents : en apparaissant soudainement devant un oiseau, ils le fascinent par leur présence à tel point que ses réflexes de fuite sont inhibés et il va même se jeter dans la gueule du reptile. La Mante religieuse, en écartant ses extrémités antérieures, prend un aspect spectral et par sa forme rigide et bizarre, elle fascine les petits animaux attaqués par cet insecte rapace.  La peur paralyse la volonté d’agir c’est sur le terreau de la peur et de la menace que prospère la propagande. Une propagande politique qui n’utilise pas le stratagème de la peur est vouée à l’échec et ses buts psychologiques ne seront jamais atteints. La grippe porcine n’a pas été choisie au hasard, car c’est une maladie qui fait peur et qui est source d’angoisse psychologique et c’est à ce titre qu’elle est devenue un thème de propagande

 

Durant ces vingt dernières années, la propagande a trouvé d’autres thèmes qui font peur, ce sont l’insécurité, l’immigration et le terrorisme. Ces trois thèmes l’insécurité, de l’immigration et du terrorisme sont devenus les choux gras de la propagande politique dans les Etats capitalistes pour provoquer un climat de peur, de menace et d’angoisse au sein de leurs opinions publiques pendant que les gouvernements de droite comme ceux de gauche, contaminés par le virus de l’archéo-libéralisme, votaient des lois scélérates anti sociales aux parlements. Durant cette période, les thèmes de l’insécurité, de l’immigration et du terrorisme ne concernaient pas un seul pays mais ils étaient le lot quotidien et le pain béni de la propagande politique dans tous les Etats capitalistes. Ces trois thèmes faisaient partie d’une stratégie globale et concertée pour démanteler l’Etat-providence. Si vous alliez dans n’importe quel pays capitaliste et vous allumiez votre radio ou votre poste de télévision, vous auriez dans la figure et dans les oreilles les poncifs ambiants: insécurité, immigration et terrorisme. Ces trois thèmes sont toujours en vigueur et ils font partie intégrante de notre quotidien mais les stratèges de la propagande rivalisent d’imagination pour trouver de nouveaux thèmes susceptibles de provoquer et d’alimenter un climat de violence psychique, de peur et d’angoisse. Car les mots, les images, les termes, les sujets, à force d’être répétés et ressassés depuis vingt ans, finissent par lasser et perdent du coup leur puissance, leur pouvoir et leur capacité explosive et affective qu’ils avaient auparavant pour provoquer un climat d’angoisse et de peur. Tout le monde commence à se rendre compte que les thèmes de l’insécurité, de l’immigration et du terrorisme sont aujourd’hui usés jusqu’à la corde et ils sont devenus du  « rechauffé ». Pour qu’elle soit efficace, une propagande doit être continue, ne jamais s’arrêter ou se relâcher et pour ce faire elle doit sans cesse renouveler et varier ses thèmes suivant la conjoncture et les aléas du moment et de l’actualité. Car le plus grand danger qui guette toute propagande, c’est l’usure des termes, des mots, des images et des thèmes. C’est justement à ce renouvellement des mots, des images et des sujets que les stratèges de la propagande doivent sans cesse travailler s’ils veulent atteindre les buts psychologiques recherchés, c’est-à-dire le viol psychique des masses. En somme, la propagande actuelle sur la grippe porcine s’inscrit dans ce travail de renouvellement et de « lifting » des mots, des images et  des thèmes.

 

L’irruption de la grippe porcine sur la scène médiatique est certes liée à une volonté délibérée de varier les thèmes de la propagande mais elle est due aussi à un contexte de crise du capitalisme. Il faut bien dire que l’évocation d’une maladie contagieuse comme la grippe porcine fait oublier momentanément ou fait passer au second plan les problèmes essentiels qui sont ceux du chômage, de la précarité, de la misère. L’entrée en scène des maladies virales n’est pas vraiment une nouveauté dans la thématique de la propagande, car nous avons connu dans les années 1990, la vache folle qui avait été utilisée comme thème de propagande à une époque où les Etats capitalistes commençaient leur travail de démantèlement de l’Etat-providence. Ce retour cyclique des maladies virales n’a donc rien de surprenant, car il est lié à certaines conjonctures économiques et politiques. Dans le contexte actuel, la propagande sur la grippe porcine vise à créer des problèmes accessoires, des pseudo-problèmes qui n’ont rien à voir avec les vrais problèmes existentiels qui sont le chômage et l’insécurité grandissante et obsessionnelle, matérielle, financière et économique. Selon les estimations des économistes, la France aura 500 000 chômeurs de plus à la fin de l’année 2009. Cette augmentation exponentielle du nombre de chômeurs ne concerne pas spécialement la France, elle traduit une tendance générale dans tous les pays capitalistes. Contre l’épidémie et la pandémie du chômage, il n’existe aucune solution en vue. À ce jour, à ma connaissance, aucun laboratoire pharmaceutique n’a mis au point un vaccin contre l’épidémie du chômage, de la pauvreté et de la misère. Le seul « vaccin » proposé contre les fléaux sociaux par ceux qui sont aux commandes dans les États capitalistes, ce sont les politiques répressives et les politiques ultra sécuritaires.  Sans exagération, nous vivons aujourd’hui « l’âge d’or » des politiques répressives et sécuritaires qui se manifestent par l’augmentation du nombre de prisons faute de solutions politiques aux problèmes du chômage, de la précarité et de la pandémie de la misère. On se souvient qu’il y a vingt ans, les hommes politiques mettaient en avant leur bilan en matière de lutte contre le chômage. À l’heure actuelle, les hommes politiques se montrent en extase et exultent de leur bilan répressif et carcéral en martelant devant les mass medias leurs « exploits » : le nombre de prisons construites sous leur impulsion et celles qui sont en cours de construction. D’ailleurs, ces responsables politiques d’aujourd’hui sont assez lucides et logiques avec eux-mêmes, car, faute de politiques économiques destinées à lutter contre le chômage, la précarité, la pauvreté et la misère, construire de plus en plus de prisons s’avère la solution la plus adaptée à la crise d’un système capitaliste qui s’oriente lentement mais inexorablement vers sa fin promulguée. Parallèlement aux prisons, on doit s’attendre à l’intensification de la propagande autour des thèmes traumatisants, comme la grippe porcine, qui sèment la peur et la panique dans l’espace social. La question est de savoir quelle sera la prochaine maladie virale après la grippe porcine.

 

FIN DE LA QUATRIEME PARTIE 

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : grippe porcine, propagande, capitalisme, virus, contre-propagande,  

Publié dans PROPAGANDE

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