LES CLASSES MOYENNES PEUVENT-ELLES ENCORE SAUVER LE CAPITALISME?

Publié le par ELMIR

LES CLASSES MOYENNES PEUVENT-ELLES ENCORE SAUVER LE CAPITALISME ?

 

Tout récemment, nous avons lu une interview d’un géographe marxiste américain qui, tout en reconnaissant la crise du capitalisme, attribue à ces fameuses classes moyennes un rôle de sauveur du système. Aussitôt, nous avons voulu savoir ce que ce sont en réalité ces classes moyennes, leur nature, leurs caractères et leur rôle au sein du capitalisme aujourd’hui. Le cadre de cet article ne nous permet guère d’entrer dans les subtilités des débats idéologiques qui ont opposé depuis plus d’un siècle les partisans d’une troisième classe située à mi-chemin entre la bourgeoisie et la classe ouvrière et les théoriciens marxistes qui s’en tiennent à l’existence des deux classes antagonistes. Notre thèse est que les classes moyennes n’existent pas en soi ; elles sont plutôt des groupes intermédiaires générés par l’expansion du capital au cours de son développement historique. Les quelques éléments de réponse apportés peuvent nous dire si oui ou non les classes moyennes seront ce remède miracle et ce dernier recours pour réanimer un système capitaliste en phase terminale.

 

NATURE ET CARACTÈRES DES CLASSES SOCIALES

 

Les classes sont une catégorie historique ; leur existence est liée à une étape historique déterminée du développement de la production sociale. Avec le développement de la propriété privée des moyens de production, la répartition des richesses ne cesse de s’accentuer. Au sein du mode de production capitaliste, les classes sociales sont distribuées en fonction des hommes dans les rapports de production où ceux qui détiennent les moyens de production peuvent s’approprier légalement c’est-à-dire sous forme de contrat de travail soit-disant « librement négocié entre l’employeur et le salarié », le travail de ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre comme marchandise. Autrement dit, la cause et l’origine de la division de la société actuelle en deux classes sociales sont dues au régime juridique qui consacré l’appropriation privée des moyens de production. 

 

Pour maquiller l’origine de l’exploitation capitaliste, les idéologues de la bourgeoisie s’ingénient à nier l’existence des classes sociales. Ils essaient de déformer les causes de la division de la société en deux classes sociales antagonistes en se référant à la biologie, à des notions raciales et psychologiques, aux dons naturels et innés de l’individu. Si ceux qui gouvernent la société sont là, cela est dû à leurs prétendues aptitudes « naturelles » pour mener gouverner ceux qui n’en ont pas. Les théoriciens de l’organisation assignent aux personnes des capacités plus ou moins grandes pour organiser la production sociale en distinguant entre les « organisateurs » et les « exécutants ». Ils prétendent que si les capitalistes sont devenus des capitalistes, c’est grâce à leur « talent inné» et à leurs « capacités personnelles » d’organisateurs. Ils oublient évidemment le système de la propriété privée des moyens de production qui leur a permis d’exploiter les travailleurs et de s’élever grâce aux richesses amassées (volées et extorquées) ainsi en dominateurs et organisateurs. Car si ces théoriciens cherchaient à aller un peu au fond des choses, ils découvriront par eux-mêmes que les rapports de répartition sur le plan économique sont déterminés par le système de propriété des moyens de production. Dans Impérialisme et classes sociales, Schumpeter s’efforce de réfuter le schéma marxien des classes sociales antagonistes en évoquant la notion de mobilité au sein des classes. Pour appuyer sa démonstration, il prend l’exemple de la noblesse allemande au temps des Hohenstaufen et la bourgeoisie industrielle de la période du capitalisme développé. Ce n’est pas le lieu ici d’examiner tous les arguments de Schumpeter et de les soumettre à la critique. Disons que Schumpeter, comme tous ses acolytes qui voulaient réfuter le concept marxiste des classes sociales et donc en dernier lieu l’idée même des luttes des classes dans les sociétés, cherche par tous les moyens à réfuter la théorie marxiste des deux classes. Dans ses analyses des classes sociales, Schumpeter commet une bévue quand il considère que la noblesse allemande de l’époque des Hohenstaufen formait non pas une seule classe mais deux : d’une part les princes avec leurs vassaux et d’autre part les simples chevaliers.(Impérialisme et classes sociales, p.170). Ce qui fait dire à Schumpeter que les princes et les vassaux constituaient deux classes distinctes, ce sont des différences liées au rang, au statut aux droits juridiques, au mode de vie, au pouvoir et à l’absence d’intermariages. Mais ces différences que Schumpeter considère comme des critères distinctifs des princes et de leurs vassaux, ce sont en réalité des différences entre deux échelons du système hiérarchique féodal et elles ne sont en aucun cas des signes qui délimitent les frontières  entre classes. Schumpeter confond en effet hiérarchie et classe, car le système hiérarchique n’est pas pour autant synonyme de classes, car, comme on l’a dit, le critère pertinent qui différencie les classes entre elles, c’est l’appropriation des moyens de production qui détermine à la fois la place que les groupes et les individus occupent dans la production sociale et par les rapports qu’ils entretiennent avec les moyens de production, leur rôle dans l’organisation du travail et la grandeur de la part de chacun d’eux dans le partage des richesses. Il ne faut donc pas confondre classes et système hiérarchique et la bourgeoisie a certes aboli le système hiérarchique de l’Ancien Régime sans pour autant abolir sa propre domination qui existe toujours, car il ne faut jamais perdre de vue que l’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes.(Marx, Engels, Manifeste du parti communiste).

 

QU’EN EST-IL DE LA MOBILITÉ AU SEIN DES CLASSES ?

 

Schumpeter n’a pas seulement confondu groupes et classes, système hiérarchique et classes, il s’est ingénié aussi à montrer la mobilité au sein des classes et cela dans le but de réfuter le schéma marxien des deux classes antagonistes, la bourgeoisie et le prolétariat. A travers de l’idée de mobilité au sein des classes, Schumpeter et tous ses acolytes ont voulu donner un visage humain du capitalisme en faisant croire que ce système est susceptible d’être réformé et amélioré de l’intérieur sans évidemment le détruire par des réformes et une relative redistribution des richesses sociales entre les différents groupes qui le composent. Cette prétendue réformabilité du capitalisme est à l’origine du réformisme des partis socialistes et de la social-démocratie qui ont exercé une influence néfaste sur le mouvement ouvrier depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours en le menant à l’intégration et au quémandage des miettes dans les sociétés capitalistes.

 

A examiner de plus près l’idée de mobilité et toutes ces fadaises redites comme promotion sociale, réussite sociale etc. on découvre aussitôt la supercherie, des leurres et des slogans creux dépourvus de toute attache empirique. Disons en deux mots pourquoi la mobilité entre les deux classes est impossible dans les sociétés capitalistes. Il existe bien entendu des individualités qui ont réussi à s’enrichir et à sortir de leur classe d’origine et il y a des salariés qui gagnent cent mille fois le salarié d’un OS ou d’un agent de maîtrise.  Mais ces nouveaux riches et ces nouveaux salariés chèrement payés, managers, technocrates, PDG etc, ont-ils pu changer quoi que ce soit aux structures des classes au sein du capitalisme depuis deux siècles ? On ne peut qu’en douter, car ces quelques personnes qui se sont enrichies en exploitant les salariés et en ruinant au passage quelques capitaliste deviennent à leur tour de nouveaux exploiteurs conformément à cette implacable logique qu’est le profit. Nous ne pensons pas que ces nouveaux riches, en s’arrachant à leur classe d’origine, se sont mis à distribuer leurs profits à leurs salariés les et à associer aux prises de décision dans l’entreprise. Si l’on prend l’exemple des technocrates, des managers et des PDG, ils sont loin de former une nouvelle classe indépendante du pouvoir du capital qui les salarient. Disons plutôt qu’ils ont l’usufruit tant qu’ils font fructifier la propriété du Capital et puisqu’ils ne sont pas les vrais propriétaires du pouvoir économiques, on peut tout simplement les considérer pour les techniciens de surface du grand capital.

 

Contrairement aux utopies largement répandues, la réussite économique et professionnelle n’implique pas la suppression des barrières sociales. Même si des individus expriment des aspirations pour l’ascension sociale, ce sont des contraintes objectives qui l’en dissuadent. En réalité, ce sont les classes sociales elles-mêmes qui érigent leurs propres barrières en limitant les aspirations de leurs membres soit de descendre pour les membres de la classe bourgeoise vers la classe ouvrière soit de remonter des membres de la classe ouvrière vers la classe bourgeoise. Il y a aussi bien d’autres facteurs matériels et psychiques qui limitent la mobilité entre les classes sociales. D’abord, l’écrasante majorité des hommes sont devenus prisonniers de leur environnement, de leurs villes, de leurs banlieues, de leurs quartiers, et d’un rythme de vie trop rapide qui ne leur laisse ni répit ni repos. Car dans le mode de production capitaliste, il faut sans cesse produire et sans cesse consommer et même le temps libre, le temps des loisirs et de « consommation « culturelle » est un temps de consommation et dépenses, source de profit pour les capitalistes. Le temps et l’espace sont mesurés en fonction de la production, du rendement, de l’efficacité. Les conséquences psychiques sont considérables. Ceux qui vivent dans les sociétés capitalistes ont perdu tout sens de l’orientation dans la vie et ils sont devenus des hommes aliénés et des esclaves d’un système de production et de consommation. L’homme au travail, l’homme de la rue, est victime d’une perte inconsciente du sens. Prisonnier d’un environnement orienté suivant des modèles qui lui échappent, subissant les cadences infernales du travail dans l’entreprise, sollicité 24 heures sur 24 heures par la publicité et les mass medias, contrôlé et observé par une myriade d’observatoires policiers et civils, fiché avec une précision quasi mathématique jusqu’à voir ses organes les plus intimes grâce au rayon laser installé dans les aéroports, l’homme des sociétés capitalistes court sans cesse après l’argent qui devient à la fois une obsession et un foyer de cristallisation psychologique et d’investissement affectif. Il devient obsédé par l’argent simulé par les mass medias comme le signe de la réussite personnelle, de l’efficacité et de la puissance. Mais comme l’argent n’a pas de sens par lui-même, la vie devient un vide sidéral. D’où les frustrations et une chronique instabilité psychique qui minent l’individu et qui le déstabilisent d’une façon irréversible. Comment dans cette situation dramatique, l’homme a-t-il encore l’envie, le courage et l’énergie pour franchir les barrières de sa classe ? L’individu totalement dépossédé n’a plus conscience de ses aspirations et il perd jusqu’au sens de son existence. Il devient étranger à lui-même et il devient donc un homme aliéné. Car qu’est-ce l’aliénation si ce n’est cette modification de la posture psychique qui oblige les individus à renoncer involontairement et inconsciemment à penser par eux-mêmes leurs propres conditions d’existence?

 

À cette forme de dépossession de soi s’ajoute une deuxième forme, s’ajoute le sentiment d’un immense gâchis de la vie au sein du capitalisme. Les vrais producteurs des richesses sociales se voient ainsi dépossédés des fruits de leur travail au profit d’une poignée de profiteurs et d’exploiteurs. Avec les progrès techniques vertigineux depuis la Révolution industrielle à la fin du XVIIIe siècle, les hommes d’aujourd’hui ne devraient pas travailler que quelques deux ou trois heures par jour et le reste du temps devrait être consacré à l’épanouissement de l’esprit et à la culture. Or les hommes du XXIe siècle sont astreints à des conditions de travail et à des horaires de travail aussi harassants qu’il y a deux siècles. Leurs salaires ont certes augmenté par rapport à ceux du XIXe siècle, mais les sollicitations de la publicité et les facilités accordées à la consommation pour résorber une partie seulement de la déchetterie générée par l’industrie poussent les travailleurs à s’engager dans des nouvelles dépenses très souvent consacrées à l’achat des objets superflus qui n’ont rien à voir avec la satisfaction de leurs propres besoins. Les sociétés capitalistes sont ainsi entraînées dans un cycle infernal et dans une course à la consommation qui oblige leurs membres à vivre pour consommer au lieu de consommer pour vivre. La possession anarchique et inconsidérée des objets devient ainsi un remède et un soin palliatif à des angoisses existentielles générées par le phénomène de l’aliénation et la dépossession de soi. Le statut de besoin a changé et il est désormais conditionné par le régime de production-consommation des biens qui n’a plus rien à voir avec la satisfaction des besoins biologiques des êtres humains définis comme les moyens de résister à la mort. Stimulé par la publicité et les mass-medias, les hommes de la société capitaliste expriment sans doute des aspirations, soient-elles parfois confuses, mais les barrières psychologiques et matériels empêchent leur réalisation du fait de l’accaparement d’une grande partie des richesses sociales par une minorité et d leur pérennisation depuis des siècles. Entre les besoins et les aspirations, les comportements des individus et des groupes sont orientés par leurs intérêts. Mais dans une société de classes, ce sont les intérêts de classe qui prennent le dessus sur les besoins vitaux des êtres humains subsumés sous les besoins superflus et les désirs artificiels. Avec toutes ces richesses accumulées, un système de répartition juste aurait pu satisfaire les besoins élémentaires de tous les êtres humains de la planète. Or ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est le règne du régime de la rareté au milieu d’une montagne de marchandises. Pour survivre, les sociétés capitalistes deviennent en proie au désir. La manipulation des désirs par les images, les sons, les écrits et aujourd’hui à une échelle planétaire permet de vendre plus facilement et plus cher certains objets futiles en soi en augmentant leur valeur marchande. Les intérêts des capitalistes et la domination économique d’une classe étouffent les vraies aspirations des individus au profit d’aspirations confuses ou des pseudo-aspirations. Ce sont ces aspirations contradictoires qui limitent la mobilité sociale en engendrant l’inertie psychique qui rend floue toute vision claire de l’avenir.

 

D’autres barrières se dressent pour limiter la mobilité sociale, par exemple, la mobilité professionnelle, ascendante, latérale ou descendante. Le fait de pouvoir ou de ne pas pouvoir franchir certains échelons de la hiérarchie dans la branche de production où l’individu travaille. Dans une période de croissance et de faible taux de chômage, les hommes au travail pouvaient encore changer de métier ou de branche d’activité professionnelle tout en gardant le même salaire, la même qualification. Mais les aspirations des individus surtout celles des salariés actuels deviennent nulles devant les inquiétudes suscitées par un chômage de masse qui les oblige à accepter n’importe quoi, le statu quo, la perte de salaire, l’augmentation de la cadence, la régression dans la hiérarchie des emplois, les licenciements. Cette instabilité psychologique limite les aspirations des hommes et donc leur mobilité sociale car la seule chose qui les préoccupe, c’est tout simplement leur survie biologique en quête d’un salaire, même un salaire de misère, pour ne pas finir dans la rue.

 

Comme il est très rare de voir des membres de la classe bourgeoisie aspirer à devenir des prolétaires et des manœuvriers, ce sont plutôt ceux qui se retrouvent dans le bas de l’échelle sociale qui aspirent à devenir des riches et des bourgeois. On peut dire que la question de la mobilité sociale est à sens unique, du bas vers le haut et rarement dans le sens inverse. Admettons que j’aie réussi à gravir tous les échelons et à faire partie enfin membre de la classe bourgeoise. Mon compte bancaire est maintenant bien garni et je possède à présent des manoirs, des châteaux et des propriétés un peu partout. Qu’aurai-je encore à espérer posséder et à avoir de plus après tout ce que je possède à présent? Avoir, posséder, accumuler des biens et amasser des fortunes, mais qui sont ceux qui ont été à l’origine de ma fortune et de mes richesses ? Ce sont des pauvres gens que j’ai exploités et dont j’ai bousillé la vie pour m’enrichir et m’enrichir encore un peu plus. Mais au fond de moi-même, je me pose la question suivante : est-ce l’exploitation des hommes grâce à mon capital qui est la finalité de ma vie terrestre ? Vu de l’extérieur, le monde de la bourgeoisie est un monde merveilleux qui suscite biens d’envies et de convoitise mais une fois dedans, c’est un monde pourri jusqu’à la moelle, car il est habité par des hommes qui ne maîtrise qu’une seule langue :  celle de l’argent. Mais comme l’argent n’a pas de sens par lui-même, on peut se demander s’il valait bien la peine d’aspirer à monter sur l’échelle sociale, à changer de classe au péril de sa vie et de sa santé et à dépenser tant d’énergies et tant d’efforts pour accéder à un monde vide et avilissant, un univers peuple de renards et de requins qui est le monde de la bourgeoisie.  

 

CLASSES MOYENNES OU AGENTS DE REPRODUCTION DU CAPITALISME ?

 

La question des classes moyennes renvoie nécessairement à celle de la reproduction du mode de production capitaliste. La reproduction d’abord simple et ensuite élargie a été traitée par Marx dans le livre II du Capital, première section, chapitre 2 consacré au procès de circulation du capital et au cycle du capital productif. À notre connaissance, Marx n’a pas directement traité de la question des classes moyennes, mais l’idée de la reproduction simple et élargie suggère que le système capitaliste a certes besoin de la classe ouvrière pour produire de la plus-value mais aussi des groupes et d’agents exécutants pour faire fonctionner les différents rouages du capitalisme. Le livre II du capital qui décrit le procès d circulation du capital, notamment le chapitre relatif au cycle du capital productif, fournit la matière et le point de départ pour mieux comprendre la nature et les caractères de ces groupes intermédiaires qui s’interposent entre le capital et le travail, des groupes que l’on connaît sous le nom de classes moyennes. Comme il n’y a pas de production possible sans la reproduction des conditions matérielles, le capital suppose le travail salarié et le travail salarié suppose le capital. Le capital ne peut se multiplier qu’en s’échangeant contre de la force de travail et la force de travail ne peut s’échanger que contre du capital en accroissant le capital, en renforçant la puissance dont il est l’esclave. Lorsque le capital s’accroît, la masse du travail salarié grossit et le nombre des ouvriers augmente. L’accroissement du capital est par conséquent l’accroissement du prolétariat c’est-à-dire de la classe ouvrière. Nous avons déjà un premier élément qui délimite les frontières entre la classe capitaliste et la classe ouvrière et qui s’exprime par l’extorsion de la plus-value.

 

Cet isomorphisme entre l’accroissement du capital et l’accroissement de la classe ouvrière, on le retrouve dans le procès de circulation du capital qui constitue un moment ou un maillon dans le cycle du capital productif. Pour Marx, en effet, l’accumulation et la reproduction élargie dépendent du cycle du capital productif qui signifie « le fonctionnement périodiquement renouvelé du capital productif, donc la reproduction, autrement dit le procès de production du capital comme procès de reproduction en rapport avec l’augmentation de valeur ; non seulement production, mais reproduction périodique de plus-value. »(le Capital, Livre II, Section première, chapitre II, les éditions sociales, p. 58). Ce concept de capital productif revêt une importance capitale, car c’est lui qui va nous livrer la clé de l’explication pour mieux cerner le statut et le rôle des classes moyennes. Si Marx a traité de la question du capital productif, c’est pour mettre en évidence l’idée selon laquelle la reproduction du mode de production capitaliste ne se fait pas d’une manière anarchique et aléatoire mais qu’elle est soumise à des déterminations qui prennent leur source dans la production de la plus-value. Autrement dit, la reproduction du système capitaliste ne se fait pas n’importe comment et dans n’importe quelles conditions mais elle suppose d’abord et avant tout une grosse masse de plus-value disponible destinée à la rémunération d’une armée d’agents distribués sur tous les échelons de la hiérarchie et qui sont chargés de faire tourner les rouages de la machine tant au niveau de la production des biens matériels qu’au niveau des différents appareils de l’idéologie dominante. En termes plus clairs encore, pour la reproduction du système capitaliste, il faut d’une part de la plue value générée au cours du procès du capital productif et d’autre part transfert de la plus-value créée par le travail productif vers des agents et des groupes chargés de la reproduction du système capitaliste. Nous avons d’ores et déjà deux éléments importants : d’un côté un lieu de production de la plus-value grâce au procès du capital productif et de l’autre la sphère de circulation animée par une myriade d’agents et de personnels bénéficiaires du transfert de la plus-value pour soit surveiller les ouvriers dans les usines(chefs, chefaillons, ingénieurs, managers, technocrates etc.) soit diffuser dans le corps social l’idéologie dominante(professeurs, fonctionnaires, intellectuels etc.). Cette distinction de lieu de production de la plus-value et de procès de circulation du capital nous montre que les salariés de la sphère de circulation reçoivent une partie de la plus-value produite par le capital productif et ils sont à ce titre des agents et des groupes improductifs dans le sens où ils ne sont pas eux-mêmes les créateurs de la plus-value et de la valeur. Bien qu’elle soit improductive, cette catégorie d’agents et d’excutants est néanmoins nécessaire à la production des rapports sociaux de production et à la reproduction du mode de production capitaliste dans son ensemble. Pour affiner un peu plus les analyses marxistes, on peur dire que si le capital avait besoin d’une classe ouvrière pour s’accroître et s’accumuler, il a aussi besoin de groupes et d’agents improductifs engagés dans le procès de circulation du capital. C’est pourquoi, ces groupes intermédiaires ne constituent pas une classe en soi mais des groupes-relais dont l’existence est intrinsèquement liée au capital productif qui les rétribue pour services rendus, c’est-à-dire leur contribution à la reproduction des conditions de production capitalistes et des rapports sociaux capitalistes.

 

Au vu des éléments qui viennent d’être présentés, nous allons tenter de répondre à la question : les classes moyennes peuvent-elles sauver le capitalisme. Nous venons de voir que ces « classes moyennes » qui ne forment en aucun cas une troisième classe au sein du capitalisme sont des groupes improductifs dont l’existence et la raison d’être dépendent intrinsèquement du capital productif. Mais quand le capital productif est lui-même en crise, les groupes intermédiaires qui en dépendent le seront fatalement, car ils vivent que grâce au transfert de la plus-value du capital productif. Quand on parle de capital productif, il faut entendre par ce terme, le capital industriel qui selon Marx, le « seul mode d’existence du capital où sa fonction ne consiste pas seulement en appropriation mais également en création de plus-value, autrement dit, de surproduit » Et d’ajouter « C’est pourquoi il conditionne le caractère capitaliste de la production ; son existence implique celle de la contradiction de classe entre capitalistes et ouvriers salariés »(Livre II, première section chapitre premier, p.51). Aujourd’hui, le capital industriel est en crise et il va entraîne par effet de domino dans son sillage ses agents d’exécution qui ne peuvent que constater leur incurie et leur impuissance. Ceux qui misent aujourd’hui sur ces groupes intermédiaires(les classes moyennes) pour sauver le capitalisme d’une mort annoncée seront déçus, car ec qui a permis à ce dernier de surmonter ses crises cycliqyes du passé, c’était le capital productif industriel et non pas la consommation parasitaire de ces groupes improductifs et parasitaires mais l’industrie. Le capital productif industriel, ce lieu de production de la plus-value, ayant quasiment disparu dans les sociétés capitalistes du centre(Etats-Unis et Europe), les classes moyennes vont être à leur tour frappées de plein fouet par la crise actuelle dont les premiers symptômes apparaissent avec la crise du surprime aux Etats-Unis due non pas à l’imprévoyance des banquiers qui ont accordé des prêts à des futurs propriétaires insolvables mais à des anciens fonctionnaires et à des agents qui étaient employés par les Etats américains et qui ont été licenciés suite à des restrictions budgétaires. La crise du capitalisme américaine a d’abord pour origine la crise du capital productif comme partout ailleurs dans les États capitalistes qui ne produisent suffisamment de plus-value pour en transférer une partie à leurs agents chargés de la reproduction du système capitaliste dans son ensemble. Le crédit est certes une solution mais une solution à court terme, car le crédit est lui-même tributaire du capital productif qui est en panne.

 

Quant aux comportements politiques et idéologiques de ces groupes intermédiaires, l’histoire nous fournit une belle leçon de ce lien congénital entre classes moyennes et capital. Le fascisme et le nazisme seraient impensables en Europe durant les années 20 et 30 du siècle sans le soutien de ces groupes intermédiaires (les clases moyennes) qui ont fait le lit de Mussolini et d’Hitler et qui se sont unis au grand capital pour combattre le communisme. Comme à l’époque du fascisme et du nazisme, cette même force sociale, ces groupes intermédiaires(les classes moyennes) seront à nouveau à côté des capitalistes et de la bourgeoisie pour combattre tous ceux qui veulent en finir avec le capitalisme et son système d’exploitation de l’homme par l’homme.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : classes moyennes, capitalisme, mobilité sociale, crise.

 

 

 

 

 

 

Publié dans CAPITALISME

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