COMMENT L'ARCHEO-LIBERALISME A-T-IL PRECIPITE LA CHUTE DU CAPITALISME?

Publié le par ELMIR

COMMENT L’ARCHÉO-LIBÉRALISME A-T-IL PRÉCIPITÉ LA CHUTE DU CAPITALISME ? 

 

Depuis quelques semaines, ce sont les bourses, les banques, les plans de sauvetage, la foire aux pognons, les interminables réunions des Chefs d’État et de gouvernement des pays capitalistes qui occupent le devant de la scène médiatique. Un seul absent de marque, l’idéologie qui a accompagné le capitalisme depuis le milieu des années 1970, l’archéo-libéralisme. Pourquoi ce silence soudain alors que les zélotes de cette idéologie étaient omniprésents, il y a encore quelques semaines, dans les mass medias qu’ils contrôlent depuis les années 80 du XXe siècle et qu’ils n’avaient pour Dieu que la sacro-sainte loi du marché ? Aujourd’hui, quand on entend Sarkozy vilipender le capitalisme financier et s’active pour sauver des banques en faillite, ce même Sarkozy et son gouvernement lançaient, quelques jours seulement avant la crise actuelle, la campagne de privatisation de la Poste suivant l’exemple de la Postbank en Allemagne. Pour mieux comprendre la clé de la crise actuelle annonciatrice à bien des égards de la chute finale du capitalisme, il est nécessaire de revenir au contexte économique et idéologique des années 1960-1970. Si l’on examine le contexte économique de l’époque, on constate que les pays capitalistes étaient plongés tous sans exception dans une crise profonde, inflation, chômage, déficit extérieur, récession etc. Quand on parle de crise dans le système capitalisme, il faut entendre par ce terme, une crise la surproduction qui entraîne par voie de conséquence la sous-consommation qui freine le cycle de la reproduction et de l’expansion du capital, sa valorisation et son accumulation. Autrement dit, la crise du capitalisme est celle du procès de l’accumulation du capital due à la baisse de la masse des profits.

 

Une crise dans le système capitaliste se manifeste par des symptômes et implique des effets. Les symptômes se traduisent par des données à la fois quantitatives et qualitatives. Les données quantitatives sont représentées par l’indice de la production industrielle, l’arrêt de sa progression, son fléchissement puis sa chute brutale; crise financière et commerciale; chute des prix (lire plutôt la valeur des marchandises). Les données qualitatives sont des facteurs psychologiques, des comportements et des attitudes des capitalistes qui refusent d’investir pour baisse de rentabilité de leurs capitaux investis et donc une masse insuffisante des profits. Car, quand les profits baissent, le capital devient furieux, il fait la gueule et il tient à le faire savoir en s’abstenant d’investir. Mais la logique implacable du système contraint le capitaliste à rechercher des solutions pour mettre en valeur son capital sous peine d’être détruit et de partir en fumée. Il cherche alors à développer les forces productives en substituant la machine à l’homme pour réaliser des gains de productivité dans l’espoir d’augmenter sa rentabilité. Quant aux effets de la crise, ils se manifestent par du licenciement massif de salariés jetés sur le pavé et par la faillite des capitalistes qui, faute de masse suffisante de profits, où ils ferment leurs usines en envoyant à la déchetterie des machines toujours en état de fonctionnement ou ils vont investir dans des secteurs plus rentables ou ils délocalisent leur production dans une zone géographique où la main d’œuvre est bon marché. Voilà quelques éléments annonciateurs du capitalisme.

 

Donnons à présent quelques chiffres pour montrer l’ampleur de la crise qui frappait le monde capitaliste dans ces années 1970. Dès le milieu des années 1960, la croissance d’après-guerre était en panne et les capitaux avaient de plus en plus de mal à se valoriser en générant une masse de profit suffisante. Les Etats-Unis et l’Europe gisaient dans cette fameuse «  croissance zéro » avec le couple récession-chômage. Les pays capitalistes avaient alors plus de quinze millions de chômeurs et la production industrielle était au plus mal, en chute libre dans l’ensemble des pays de l’OCDE où elle reculait au taux annuel de 15%. La production industrielle en Italie et en Allemagne fédérale, la production industrielle est ainsi retombée aux niveaux atteints en 1970. Les prix de vente se sont effondrés: 30 à 40% de baisse sur les marchés d’exportation, 15% à 20% au sein du Marché commun. En Europe et surtout en France, les comptes d’exploitation étaient très lourdement déficitaires. Conséquence: le produit national brut (PNB) qui dépend étroitement de la production industrielle a pendant cette même période régressé dans tous les pays capitalistes sans exception, allant de 0,2% au Japon à 7,7% aux Etats-Unis, l’Allemagne, -7,2%, Italie – 5,8% et France -5%. Les augmentations de chômage d’une année sur l’autre ont été en moyenne de 60% : 103,5% au Danemark, 81,4% en Grande-Bretagne, 79,5% en Belgique et 71% en France. C’est dans ce contexte de crise du capitalisme que les sociétés occidentales commencent à écouter quelques zélotes et quelques illuminés américains, en l’occurrence les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago, qui annonçaient une ère nouvelle pour l’humanité, celle du capitalisme.

 

L’IDÉOLOGIE ARCHÉO-LIBÉRALE AU SECOURS D’UN CAPITALISME EN CRISE

 

Cette crise des années 1970 intervient après une période de croissance économique due à l’élévation plus régulière des salaires dans les années 1950 et l’amélioration de la production sociale qui avaient entraîné une modification ou disons un rééquilibrage de la répartition de la valeur ajoutée en faveur des salariés et au détriment des profits. C’est pour changer cette donne considérée comme une offense au principe de la hiérarchie naturelle et pour redonner sa légitimité au capital, qu’une poignée d’illuminés, les nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago influencés par les idées de Friedrich von Hayek et de Milton Friedman annonçait la bonne nouvelle au monde, l’instauration enfin du capitalisme. Leur diagnostic est que la crise du monde occidental n’est pas la crise du capitalisme, ni celle du libéralisme économique, ni du système du marché, encore moins l’économie de profit. La crise est celle l’étato-capitalisme et du socialisme. Pour ces zélotes, le salut de l’humanité passe forcément par l’instauration de la loi du marché, du libéralisme économique ; ce qui impliquera par voie de conséquence le démantèlement de l’Etat-providence considéré comme un frein au fonctionnement des lois naturelles qui régissent les sociétés humaines et comme une entrave à la sélection naturelle en secourant les pauvres. L’argent public ne doit pas servir à nourrir des chômeurs fainéants et des pauvres parasites, à l’éducation, mais il doit être redéployé vers l’aide à l’industrie et donc vers les profits. La première ineptie répandue par les apôtres de l’archéo-libéralisme et répétée à satiété par les responsables politiques, c’est le chômage volontaire c’est-à-dire un chômeur qui choisit librement d’être au chômage,. D’ailleurs, cette ineptie a fait un tabac depuis dans tous les États capitalistes depuis les années 1970 et elle est de rigueur même aujourd’hui. Loin d’être une maladie, le chômage de masse est présenté comme un remède pour le bon fonctionnement de la société. Pour les nouveaux économistes et les monétaristes adeptes de Friedman, une société de plein emploi est un « mirage », qu’un chômeur est un privilégié qui meurt de bonheur et de bien-être, qu’il est « libre » de choisir comme bon lui semble « son » chômage et qu’une société normale est celle qui s’installe durablement dans le chômage de masse. Ces millions de chômeurs seront très heureux d’apprendre qu’en choisissant d’être au chômage, ils vivent désormais dans des sociétés de liberté et qu’ils sont désormais engagés sans le savoir sur les chemins de la liberté. 

 

Pour accomplir la révolution néo conservatrice promise par les zélotes de l’archéo-libéralisme la seule froideur technocratique ne saurait suffire pour convaincre le peuple que l’Etat-providence est la cause de tous les maux des sociétés; il faut lui apprendre d’abord comment le détester et comment rêver du capitalisme de demain. Avec un savant usage de la crise et une bonne et saine pédagogie, le peuple apprendra par lui-même le civisme économique et le sens de la modération pour ne pas effaroucher le capital (On continue à écouter ce refrain même aujourd’hui par la bouche des responsables politiques actuels qui ont peur d’imposer les riches pour ne pas les laisser filer à l’étranger. Quel désastre national avec la fuite des cerveaux diront les mauvaises langues). La crise est certes vécue comme un cauchemar pour des millions de chômeurs et de pauvres, mais elle est une véritable aubaine pour les capitalistes et leurs idéologues attitrés; elle est une occasion en or à saisir car les bonnes occasions ne se présentent jamais deux fois dans la vie d’un homme. Une réforme morale et intellectuelle ou plutôt une contre-réforme conservatrice était nécessaire pour la restauration des hiérarchies authentiques jadis mises à mal par la combativité syndicale et par des salariés correctement rémunérés et relativement à l’abri du chômage. L’objectif principal de cette révolution néo-conservatrice était de rétablir des anciennes valeurs bafouées et des idoles détrônées et de réhabiliter la loi du profit élevée au rang d’une cause nationale. Il fallait à tout prix redonner sa légitimité au capital et la crise était au rendez-vous pour servir les intérêts du capital, la première fois en 1973 et la deuxième fois en 1979. Sans oublier de concocter au passage un catéchisme pour les pauvres, les classes ouvrières et pour tous les spoliés du capital en les invitant à s’armer de patience, de courage et de stoïcisme. Il était impératif de convaincre à tout prix le peuple que le système capitaliste peut toujours fonctionner et que le véhicule est toujours en état de marche, mais qu’il lui manque le carburant. Il suffit de remplir le réservoir et Hop que le moteur redémarre et que tout repart : l’investissement, puis la croissance, puis l’emploi. Finalement, tout le monde y gagne. Mais au fait qui va payer l’essence pour remplir le réservoir et faire le plein? Les passagers. Qui sont les passagers? Les salariés. Oui, en effet, ce sont eux évidemment qui allaient trinquer en les hypnotisant avec un discours racontant des histoires à dormir débout. Il faut d’abord leur dire (aux salariés) que la crise n’est pas le fait des hommes mais de la fatalité. Acceptez donc la fatalité et dépouillez-vous de vos dividendes quotidiens et le reste vous sera rendu plus tard avec intérêt. En langage cru et sans détour, prenez ce que votre employeur vous donnera et acceptez la baisse de vos salaires et cela vous sera rendu au centuple, en emplois, en croissance, en pouvoir d’achat: demain, après-demain, un jour, dans un ans, deux ans… Mais surtout gardons espoir, vaillants soldats du capital, votre récompense viendra peut-être un jour, le jour du Jugement dernier où votre ancien employeur se présentera à votre lit de mort avec un veau d’or qu’il partagera à parts égales entre vous et lui. Qui sait ? Un miracle peut avoir lieu mais en attendant, rêvons un peu SVP. D’ici là, Montez dans la voiture et l’on vous racontera la suite de l’histoire quand on sera dedans.

 

C’est cette douce musique que les peuples d’Occident écoutaient 24 heures sur 24 heures dès le milieu des années soixante-dix du XXe siècle. Aux salariés, les gouvernements libéraux de droite et ont spécialement composé la chanson suivante:  

 

Sacrifiez vos salaires et vos acquis sociaux pour gonfler les profits des capitalistes et des entreprises,

ces derniers ont besoin de votre argent pour investir

pour investir il faut de plus en plus de profits

Comment les profits des capitalistes peuvent-ils se rétablir?

si vous leur refusez le carburant qu’il faut pour faire marcher la machine 

 

À force de matraquer pendant des années et des années que ce sont les profits d’aujourd’hui qui sont la croissance de demain et les emplois d’après-demain, la mayonnaise finit par prendre. Rentabilité, Compétitivité et Marché ont été élevés au rang d’une grande cause nationale. Bloquons les salaires et libérons les prix, compétitivité et concurrence internationale obligent. Donnons généreusement (nous disons donnons et non pas subventionnons) l’argent public aux entreprises privées mais surtout n’oubliez pas de faire savoir en même temps aux salariés que leurs employeurs croulent sous les charges et les prélèvements et surtout il fallait les empêcher de prononcer des mots grossiers en ce temps de crise « relevez les bas salaires et augmenter les impôts sur les sociétés ». L’austérité doit être impérativement à sens unique et cela finira par se savoir que le dégraissage du monde du travail est une condition pour engraisser quelques-uns conformément à la loi de la jungle régie par une hiérarchie avec des dominants et des dominés. Finalement le thème de la compétitivité et de la concurrence internationale s’est révélé aussi efficace et même plus que le nationalisme de la fin du XIXe siècle notamment pendant les guerres franco-allemandes.

 

PROPAGANDE ARCHÉO-LIBÉRALE

 

Voilà la musique douce que les apôtres de l’archéo-libéralisme faisait écouter aux salariés et aux classes dominées depuis les années 1970-1980. Ce que l’on vient de passer en revue, ce sont les grandes lignes du programme archéo-libéral, il reste à savoir comment ils les ont appliquées. La stratégie des zélotes de l’archéo-libéralisme est assez simple: faire régner la peur et surtout répéter et répéter, la crise, la crise, la crise. Quelle Fatalité. Quelques petits trucs ont donc suffi pour retourner la situation en faveur des capitalistes et par inverser du coup le rapport profit/salaires. Comme toute propagande qui pêche par simplification, la propagande archéo-libérale a réussi à inculquer aux masses des réflexes conditionnés, des clichés, des mots, des « items ». La crise pétrolière aidant, elle était une aubaine et une occasion à saisir pour tout expliquer et surtout en évoquant les contraintes extérieures, surtout énergétiques, comme réponse à un capitalisme plongé dans une crise profonde comme si le système capitaliste n’était pas miné déjà par ses propres forces centrifuges et centripètes. Concernant la crise pétrolière de 1973, les économistes sont unanimes pour reconnaître que la hausse des prix du pétrole en 1973 et en 1979 n’avait aucune incidence sur l’inflation et le chômage en Occident. Les contraintes extérieures comme d’autres items se sont révélées finalement d’une redoutable efficacité, car elles fournissaient au peuple des explications, certes des fausses explications mais qui ont le mérite de convaincre et c’est justement le but de toute propagande qui ne se soucie jamais la vérité qui est le cadet de ses soucis, car ce qui l’intéresse, c’est la persuasion même avec des arguments farfelus et douteux.

 

Voilà quelques-uns des messages tenus à l’intention des masses depuis le milieu des années 1970 et même aujourd’hui. On a dit aux millions de personnes des pays capitalistes, que la crise, le chômage, l’inflation qui les frappaient étaient dus aux contraintes extérieures, au choc pétrolier à la facture énergétique et à un nouveau monde en perpétuel changement. Pour les convaincre, il fallait répéter dans les discours publics, ceux des hommes politiques et de l’intelligentsia acquise aux idées de l’archéo-libéralisme, que le vrai responsable des malheurs de l’homme occidental, c’est l’étranger, notamment l’arabe. Le responsable du déficit extérieur, ce sont la guerre économique et la concurrence du tiers-monde. Pour réduire le déficit extérieur, il faut une politique de rigueur et une bonne dose d’austérité qui ont pour effet immédiat, la réduction des salaire. La baisse du pouvoir d’achat a été expliquée par la nécessité et l’impératif d’assainir et de redresser l’économie. Pour réussir le redressement et l’assainissement de l’économie, il faut que les salariés serrent la ceinture et qu’ils cessent de demander des augmentations de salaire aux entreprises qui n’en peuvent plus et au risque de grever dangereusement leurs profits. Si les inégalités sociales augmentent, c’est parce qu’il y a trop d’assistés dans la société et le meilleur moyen de les combattre, c’est de sommer aux assistés d’être assistés et à ceux-ci qui ont obtenu quelques acquis sociaux d’y renoncer, car ils sont trop excessifs. L’échec patent des politiques économiques en matière de lutte contre le chômage et l’inflation est expliqué par une compétitivité insuffisante, par une stratégie graduelle en demandant aux citoyens la poursuite des efforts entrepris. Dans leurs discours publics, les classes politiques et les gouvernements libéraux de droite et de gauche demandaient à leurs citoyens, patience, courage, persévérance en attendant des jours meilleurs, c'est-à-dire en clair, le gonflement des profits qui, logiquement, devront se traduite par l’investissement, par la croissance et donc par l’emploi. Face aux résultats catastrophiques de leurs politiques économiques, les hommes politiques claironnaient patience, ça y est, on y est, encore un peu d’efforts et de patience, et nous y voila arriver au bon port. Quand on leur demande ce que signifient les termes « bon port » et « bout du tunnel », ils dégainent leur arme favorite, les statistiques et les chiffres qui ont été mijotés, préparés et truqués dans les officines spécialisées des États capitalistes, l’INSEE, de l’OCDE, du FMI, de la banque mondiale. Généralement, ils nous balancent dans la figure, les pourcentages du PNB(Produit national brut) et du PIB(Produit intérieur brut). Ces deux termes sont un fourre-tout. Le PNB qui est constitué de tout et de n’importe quoi, est exprimé en valeurs marchandes et monétaires. Mais le PNB ne nous pas comment les richesses produites sont réparties dans le revenu national. Le calcul du PNB ou du PIB pose deux problèmes: quelles productions retenir et comment les pondérer. On sait que ces deux sigles que tout le monde connaît par coeur cachent en réalité de véritables enjeux politiques, car ils visent à masquer les inégalités sociales dans les sociétés, qu’elles soient capitalistes ou socialistes. Il en est de même du PIB qui est la somme des valeurs ajoutées, apporté chaque année par chaque citoyen. Mais la somme des valeurs ajoutées est exprimée là aussi en valeurs monétaires sans savoir qui sont leurs vrais bénéficiaires et destinataires. Le critère de la monnaie est trompeur, car les masses monétaires changent d’une année à l’autre et selon qu’on les rapporte à d’autres monnaies, dollar, yen livre sterling, franc suisse etc. Un PIB d’un pays peut bien connaître une croissance exponentielle durant une période donnée sans que l’on connaisse réellement la part de chacun dans le partage du gâteau. Par exemple, le PIB américain a crû de 36% entre 1973 et 1995 alors que le salaire horaire de l’ouvrier qualifié qui constitue la majorité des emplois, a baissé de 14%. Ce salaire horaire est celui que touchait un ouvrier cinquante ans plus tôt alors que le PIB a doublé durant la même période. C’est cette lutte autour du partage du butin qui constitue le cœur même des luttes des classes dans les sociétés capitalistes.

 

Le lecteur qui nous a suivi jusqu’ici et qui commence à perdre patience veut maintenant savoir les résultats de la course. Evidemment, il est impossible de tout consigner dans notre carnet de voyage qui a duré plus de trente ans. Mais pour ne pas laisser le lecteur à sa faim, nous dressons un bilan rapide depuis que les idéologues et les propagandistes de l’archéo-libéralisme ont annoncé l’avènement d’un nouveau monde, le capitalisme.  Il faut bien dire que la propagande déployée par ces zélotes s’est révélée d’une redoutable efficacité à juger par les résultats obtenus sur le terrain. Faisons d’abord le compte côté profits. Promesse tenue, puisque les politiques économiques ultralibérales mises en place en Europe et aux Etats-Unis depuis la fin des années 1970 ont permis la compression des coûts de production par le blocage des salaires. En faisant des profits les entreprises se désendettent, les carnets de commande se gonflent et le taux d’utilisation des capacités productives devient très élevée (1988-1990). Voyons maintenant côté salaires. À partir de 1977, la croissance de la rémunération réelle des salariés a été réduite de moitié, puis elle est devenue nulle, voire négative. Alors qu’en même temps, les divers revenus de la propriété (vente de logements, actions etc.) ont été très fortement augmentés. En France, dès le lancement du premier plan Barre, la progression trimestrielle du salaire horaire ouvrier a baissé de 1,8% entre le premier trimestre 1976 et le premier trimestre 1979 et la part des salaires est tombée à 49,5% en 1978 contre 50,8% deux ans plus tôt. Pendant ce temps, conséquence arithmétique, les profits ont vu leur part augmenter. Mais le fait significatif est l’augmentation très rapide de l’autofinancement(74% pour le secteur privé et 58,4% pour le secteur public en 1976). Cette croissance de l’autofinancement ne peut s’expliquer que pour une partie par le ralentissement des investissements. Si l’on en croit les zélotes de l’archéo-libéralisme et des gouvernements libéraux, les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et l’emploi d’après-demain. Or les investissements productifs industriels n’ont cessé de diminuer depuis la fin des années 1970 pour devenir insignifiants voire inexistants aujourd’hui. La pirouette de saint Albert, il faut bien le reconnaître, est un bide et de l’attrape-nigaud et le miracle tant attendu sur le partage du butin salariés/ capitalistes n’aura pas eu lieu. 

 

Les politiques de rigueur ont engendré des tensions sur l’emploi rendant plus difficiles les revendications salariales. L’austérité monétariste mise en place par les gouvernements capitalistes entraîne une double conséquence: la désyndicalisation et une profonde réorganisation du marché du travail. Pour y parvenir, les recettes sont déjà prêtes. Pour les monétaristes, il est nécessaire de créer un chômage de masse qui est nécessaire au bon fonctionnement la société. Cette thèse n’a rien de provoquant puisqu’elle est partagée et par les décideurs politiques de droite ou de gauche et évidemment par le patronat. Ce dernier, lucide par nature et par nécessité, sait parfaitement, que si deux patrons courent après un ouvrier, le salaire monte mais si deux ouvriers courent après un patron, le salaire baisse. Un chômeur de plus est une aubaine pour l’employeur mais il est aussi l’exemple que l’on montre pour obtenir la résignation populaire. À la fin des années des années 1970, il y avait 17 demandes pour un emploi, il y en a aujourd’hui 2000. Pensez-vous que l’État dépenserait des milliards pour encourager la natalité s’il n’y avait pas en vue une arrière-pensée bassement matérielle, cette fameuse surpopulation relative et armée de réserve que Marx considère comme la condition nécessaire de l’accumulation du capital ?

 

Car l’insécurité créée par le chômage de masse est le début de la sagesse syndicale. Les emplois industriels productifs ayant quasiment disparu dans les pays capitalistes, la plupart des emplois créés depuis le début des années 1980 était dans le secteur des services. Ce sont des emplois précaires, mal rémunérés, à temps partiel et essentiellement féminins, c’est-à-dire du personnel à faible qualification. Aux Etats-Unis, pour dix emplois dans la production, on en comptait vingt-six dans les services en 1984 contre seulement quinze en 1959 . Aujourd’hui, il ne reste que deux emplois dans la production contre quatre-vingt six dans les services. La majeure partie des créations d’emplois en Grande-Bretagne a été obtenue en dehors des secteurs industriels et masculins. Les législations du travail ont été démantelées où le contrat du travail a été remplacé par des contrats précaires et par des contrats commerciaux. Pour un salarié, on demande l’impossible ; il faut être souple, mobile, adaptable, maniable et corvéable à volonté et surtout ne rien demander ou être trop gourmand. Si le salarié est assez fou et il commence à discuter, on lui indique aussitôt la porte de sortie où attend une armée industrielle prête à tout pour avoir un salaire. Les politiques de rigueur des années quatre-vingt ont entraîné une régression des dépenses sociales. Les régimes d’assurance-retraite ont pratiquement démantelé dans tous les pays capitalistes avec le développement du régime d’assurance retraite par capitalisation (on commence à cotiser jeune pour toucher quand on est plus âgé) au détriment du régime de la retraite par répartition(ce sont les actifs d’aujourd’hui qui paient pour les retraités actuels et les versements ne sont qu’en partie déterminés par les cotisations passées).  

 

Depuis l’avènement de l’ère archéo-libérale, la paupérisation relative et absolue ne frappe pas seulement les basses couches de la société mais elle s’étend aussi aux classes moyennes comme en témoigne la crise immobilière aux Etats-Unis à l’origine des faillites des grandes banques américaines spécialisées dans le refinancement hypothécaire. On se souvient des promesses des archéo-libéraux et de leurs gouvernements qui demandaient aux salariés patience et courage en attendant les profits de demain. Or les salariés n’ont rien vu venir à ce jour. Pire, non seulement leurs salaires n’ont pas augmenté mais l’on assiste à l’apparition d’une nouvelle catégorie, les travailleurs pauvres qui gagent moins que les 2/3  du salaire médian. Le salaire médian étant plus faible que le salaire moyen du fait de la concentration des hauts revenus. En 1980, il y avait en France, 10% de « travailleurs pauvres », 18,4% en 1995. Un article publié sur le site espagnol Rebelion montre que 15 millions d’italiens, soit 20 % de la population sont pauvres dont 7,5 millions(soit 13 % de la population vit avec moins de 500 euros par mois. Malgré cette paupérisation croissante du peuple italien, la popularité du milliardaire premier ministre, Silvio Berlusconi de battre tous les records avec 62% d’opinions favorables. Aux Etats-Unis, au début de l’ère Reagan, il y avait 35 millions de pauvres selon l’épiscopat américain, il y en a actuellement environ 80 millions et plus de 100 millions dans les États de l’Union européenne.  

 

Selon le théorème de Michel Albert, les profits record engrangés par les entreprises depuis la fin des années 1970 et surtout après l’ouverture des pays de l’Est, auraient dû générer des investissements productifs industriels et commerciaux et à terme des emplois. Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit et les profits, au lieu d’aller à l’investissement et à l’emploi, sont allées à la spéculation boursière. Les bulles financières et les innombrables krachs boursiers, krach généralisé en 1987, mini krach à Wall Street en 1989, sont les symptômes de l’émergence d’une nouvelle économie, l’économie de « casino ». Une véritable économie de casino se met en place à la fin des années 1980 supplantant l’économie réelle pénalisée par des taux d’intérêt réels trop élevés nécessaires pour attitrer des capitaux spéculatifs avides de profits immédiats et hautement volatiles. En période de change flottants, ces taux tendent à être de plus en plus influencés par des mouvements de capitaux, eux-mêmes déconnectés des activités productrices.

 

MISE EN PLACE DE ETAT POLICIER

 

Avec le triomphe de l’idéologie archéo-libérale et le démantèlement de l’Etat-providence, c’est la forme de l’Etat qui s’est transformée et qui a changé radicalement de fond en comble mais pas sa nature de l’Etat qui demeure l’instrument de la domination du capital. Rappelons que l’État dans un système capitaliste remplit une double fonction : il concourt d’une part à la reproduction d’une société de classe en recourant à la violence physique et symbolique pour assurer la domination de la classe bourgeoise et capitaliste sur les classes ouvrières et d’autre part, il remplit une fonction de régulation et d’intervention pour maintenir la cohésion de la formation sociale à travers le maintien de la cohérence du système productif national, en tant que totalité organique articulant secteurs de production, besoin social et mouvements d’engagement et de dégagement de la force de travail. Historiquement si le capitalisme a pu se développer, c’est grâce à l’action et à l’intervention de l’État national pour reproduire les rapports sociaux capitalistes et pour développer les forces productives. Mais quand un déséquilibre se produit dans les rapports sociaux capitalistes, l’État intervenait pour réguler le cycle de l’accumulation du capital et pour rétablir l’hégémonie de bourgeoisie sur l’ensemble de la société. En cas de crise d’hégémonie politique, économique et idéologique, l’État normal démocratique et pluraliste se transformait immédiatement en Etat d’exception, en « Etat fort » pour briser les reins des classes ouvrières comme la Commune de paris en 1870-1871, le fascisme et le nazisme en Italie et en Allemagne dans les années 1920 et 1930. On peut citer bien d’autres exemples de recours du capital cette forme d’« État fort », ou à d’« État policier » pour restaurer des rapports de force favorables à la classe ouvrière comme la dictature franquiste en Espagne quand il était question de démembrer la grande propriété foncière ou le Chili de Pinochet en 1973. La forme d’Etat actuelle est semblable à toutes les formes d’Etat d’exception que l’on a connues dans le passé, le fascisme, le nazisme, le franquisme, le pinochisme etc. Son mode de fonctionnement est l’entretien de la haine et de la division entre les différentes composantes et groupes de la société en dressant les uns contre les autres pour mieux asseoir la domination de la classe dominante selon le principe diviser pour régner. La stratégie de division et de diversion orchestrée par l’État policier s’est enrichie depuis une dizaine d’autres alibis comme le terrorisme, l’intégrisme, l’islamisme et l’instrumentalisation du religieux en général. Avec les politiques de rigueur des années 1970, l’État a exploité à fond le filon du chômage de masse, la précarité de l’emploi et la dégradation des conditions du travail etc. pour semer la peur et diffuser l’angoisse existentielle dans le corps social pour le neutraliser, car il est bien connu la peur génère de la passivité et de l’inertie mentale et physique. Un État policier peut donc bien être un Etat parfaitement démocratique avec des élections démocratiques. Après tout, les peuples qui ont élu Hitler et Mussolini se croyaient vivre dans une démocratie et c’est après coup qu’ils ont découvert que leurs États étaient des États policiers fasciste et nazi. Derrière chaque démocratie sommeille en réalité un État policier prêt à bondir quand les intérêts de la classe capitaliste sont mis en danger. En temps normal tout baigne. C’est au moment de l’exacerbation des contradictions sociales que la nature de l’État capitaliste se dévoile comme un État foncièrement policier au service du capital et de la pérennité de ses intérêts. Edouard Balladur raconte dans une interview à l’occasion de la célébration du 40ème anniversaire de mai 68 que De Gaulle était parti à Baden Baden pour donner l’impression aux manifestants que l’armée était intervenir pour réprimer les manifestants. Il ajoute aussi qu’en même temps, il a donné l’ordre au commandement militaire de Paris d’envoyer des chars pour parader dans les rues de la capitale pour intimider les étudiants. Des articles dans les constitutions des États démocratiques prévoient toutes les mesures nécessaires au rétablissement de l’ordre public. Mais de quel ordre s’agit-il ?Nous avons eu très récemment un exemple de cette collision ou de ce lien congénital entre Etat et grand capital avec la crise financière actuelle. Une démocratie peut parfaitement avec un État policier sans qu’il y ait contradiction entre les deux formes d’Etat. Quand l’hégémonie du capital sera rétablie, l’État retrouve son image d’État démocratique et remplit sa fonction classique d’instrument de maintien du rapport salarial et de la régulation du cycle de l’accumulation du capital. Pour savoir sous quelle forme d’État nous vivons actuellement, il suffit de dresser un inventaire de la politique pénale des États capitalistes et de faire ressortir toute cette microphysique de pouvoirs dont parlent Michel Foucault, cette myriade de postes d’observations invisibles qui surveillent les moindres faits et gestes sans que l’on se rende compte que nous sommes tous surveillés, espionnés et contrôlés. On peut résumer la condition du citoyen d’aujourd’hui en empruntant à Proudhon cette phrase « Etre gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé par des êtres qui n’ont ni le titre, ni la science ni la vertu. »Pour avoir un aperçu de la politique répressive en France depuis trente ans, il est vivement et même impérativement conseillé de lire l’ouvrage de Jean-Marc Fedida, « l’Horreur sécuritaire, les trente honteuses, Editions Privé, 2006. 204. Un autre ouvrage assez intéressant qui retrace l’évolution de l’État est celui de Robert Charvin, « Vers la post-démocratie, Editions temps des cerises, 2006. (sur l’État policier aux Etats-Unis, voir l’entretien de Jean-Claude Paye dans le réseau voltairenet, 12 septembre 2007)

 

RÉCESION OU CRISE FATALE ?

 

Ce glissement ou plutôt ce repli de l’État sur la seule fonction d’entretien et d’exercice de la violence date des années 1970  quand le mode classique de régulation étatique s’est trouvé en porte à faux pour trois raisons principales : 1) la division internationale du travail et de l’accumulation du capital à l’échelle mondiale ; 2) le triomphe de l’idéologie archéo-libérale ; 3) mise en œuvre des politiques économiques libérales de dérégulation et de démantèlement de l’État providence. On entend par régulation étatique du cycle de l’accumulation du capital : extraction de la plus-value incorporée dans les marchandises capital-argent ; réinvestissement de la plus-value et formation additionnelle de capital variable et de capital constant. Avant l’internationalisation du capital, l’Etat avait encore les moyens d’agir sur le processus de recomposition sectionnelle en prenant appui sur une politique technologique et en mettant en œuvre une stratégie de développement de filières industrielles. Celles-ci étant conçues comme l’expression d’une articulation dynamique entre branches et sections, c’est-à-dire entre modalités de la concurrence des capitaux et reproduction des éléments objectifs et subjectifs du procès du travail. Mais au milieu des années 1970, les États nationaux ont perdu leur fonction de régulateur du cycle de l’accumulation du capital, une fonction confiée désormais, sous la pression des sirènes de l’archéo-libéralisme, au marché et aux agents économiques privés censés remplir cette fonction conformément aux injonctions des lois naturelles de l’économie. Mais la réalité économique de ces derniers jours a apporté un démenti cinglant aux utopies archéo-libérales et a jeté le discrédit sur la capacité du marché à réguler et à régir non seulement les autres secteurs non marchands de la société comme la santé et l’éducation et la culture que l’on traite aujourd’hui comme si elles étaient des marchandises mais la sphère de la production et des échanges proprement dites. Dépouillé de cette fonction de régulation du cycle de l’accumulation du capital, il reste à l’État une seule fonction depuis le triomphe de l’archéo-libéralisme et la mise en œuvre des politiques économiques de dérégulation à partir des années 1970, celle de la violence physique et symbolique pour maintenir l’hégémonie et le pouvoir de la classe capitaliste sur la classe ouvrière.  Du fait qu’il ait perdu cette fonction de régulateur du cycle de l’accumulation, l’Etat d’aujourd’hui n’est plus dans le coup et il n’a plus les moyens nécessaires et suffisantes pour assurer une reprise de l’accumulation comme ce fut le cas à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les Keynésiens pensent que l’intervention de L’Etat avant et après la deuxième Guerre mondiale était due à Keynes et à ses idées économiques mais cette intervention fait partie intégrante des fonctions étatiques bien avant Keynes quand il y a une crise d’accumulation du capital. En effet, dans le passé, les crises cycliques et chroniques du capitalisme étaient résorbées grâce aux interventions des États soit pour réguler le cycle de l’accumulation du capital à l’intérieur de leurs frontières soit pour déclencher des guerres salutaires au cours desquelles s’opéraient une destruction massive des surcapitaux ou ce qui revient au même la purge des capitaux sous-valorisés à cause de la surproduction et de la sous-consommation. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, car les États nationaux sont réduits à des simples États policiers sans aucune prise sur l’économie et sur l’empire mondial du capital. les conditions actuelles ne sont plus celles de 1929 où les Etats nationaux pouvaient intervenir pas une politique des grands travaux comme le New deal de Roosevelt ou par une politique industrielle. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’économie capitaliste a pu redémarrer grâce à l’existence d’une puissance économique et militaire qu’étaient les Etats-unis qui grâce au plan Marshall a pu surmonter la crise de surproduction en donnant des milliards de dollars aux Européens pour pouvoir acheter les produits made USA. Aujourd’hui, l’Amérique et ses alliés sont à genoux à cause de leurs guerres surtout après la chute de l’Union soviétique en 1991 qui les ont rendus exsangues et en quasi faillite. Il ne faut pas croire que la crise financière actuelle est un remake des krachs financiers et boursiers de ces vingt dernières années. Il ne faut pas croire non plus que les économies capitalistes sont entrées en une simple récession et que la crise actuelle est une simple crise cyclique. Crise financière et récession, ce sont des mots et des élucubrations que les économistes et les hommes politiques se paient pour faire croire que tout ira bien madame la Marquise. Une nouvelle donne apparaît et nous nous trouvons vraiment aujourd’hui à un tournant historique. Ce sont les conditions objectives qui nous l’indiquent et non une simple vue de l’esprit. Quand on parle actuellement de récession dans les États capitalistes, ce terme n’a plus aucun sens et ne correspond plus à rien, car il n’existe plus comme dans les précédentes crises de récession d’éléments objectifs qui montrent qu’au cycle de la dépression et de la stagnation va se succéder le cycle de la croissance et de la prospérité. C’en est fini avec les cycles de Kondratief, de Schumpeter, de Simiand et de Juglar. Nous sommes entrés dans une nouvelle période historique qui n’a pas son égale dans l’histoire. Le terme est erroné, car il n’existe plus de politique industrielle, ni de nouveaux secteurs, de niches ou de créneaux susceptibles de tirer l’économie vers le haut et de relancer de nouveau la machine économique. Tout cela appartient au passé. L’archéo-libéralisme et les politiques économiques qui s’en sont inspirées sont passés par là et ils ont tout bazardé, l’emploi industriel et l’outil technologique sacrifiés au nom de la compétitivité, de la concurrence internationale et de la spécialisation conçue comme une stratégie de sortie de crise. Dans le passé, il y avait le textile qui a joué le rôle d’entraînement de toute l’économie anglaise lorsque l’Angleterre produit pour le monde entier. Puis ce fut l’ère du charbon et du fer , avec les machines à vapeur, le gaz, et l’électricité, la construction des villes, de routes, de canaux, de chemins de fer, et enfin au cours de cet après-guerre, le pétrole avec l’automobile, les autoroutes, la chimie, le plastique, l’informatique, la robotisation. Il ne reste plus à l’heure actuelle que le nucléaire et Sarkozy ne s’est pas trompé quand il veut vendre des centrales nucléaires et la nouvelle génération EPR. Aujourd’hui, tous les secteurs industriels nécessaires au développement capitaliste ont disparu ou été délocalisés dans des pays où la main-d’oeuvre coûte moins cher. Nous ne sommes donc plus dans une phase de récession mais de crise générale, historique et sans précédent où le visage du monde est en train de changer. Nous vivons à présent sous le règne de l’économie casino dont on a parlé ci-haut. Tous les rouages du système sont donc en panne tant à l’intérieur des frontières des États nationaux devenus des simples États policiers qui vont bientôt céder sous le poids des contradictions sociales engendrées par des inégalités croissantes qu’au niveau mondial avec une crise d’hégémonie militaire et économique sans précédent et avec l’effondrement de l’empire américain ruiné par deux guerres et par un une économie exsangue. Bientôt nous allons voir tous les étages de l’édifice s’effondrer comme un château de cartes et les monarchies pétrolières et les pays producteurs du pétrole seront les premiers à tomber faute de consommateurs solvables qui se trouvent essentiellement dans les pays industrialisés. Et cet effondrement du système capitaliste va, par voie de conséquence sonner le glas de l'hégémonie occidentale qui dure depuis cinq siècles, depuis la découverte du Nouveau Monde en 1492.  

 

Avant l’heure fatale, il reste cependant des irréductibles qui croient encore au miracle comme cet article publié dans le Times de Londres en date du 14 octobre 2008 sous le titre « le capitalisme a-t-il échoué ? » Ou encore les dirigeants des Etats capitalistes qui s’agitent désespérément pour sauver un système en état de décomposition avancé. Un nouveau monde est en gestation et dont les principaux traits sont en train de se dessiner aujourd’hui. Il suffit tout simplement d’observer les forces qui sont à l’œuvre et qui travaillent activement et souterrainement à son accouchement.

 

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Archéo-libéralisme, crise, capitalisme,

 

 

Publié dans CRISE

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