KARL MARX ET LA CRISE DU CAPITALISME(2)

Publié le par ELMIR

KARL MARX ET LA CRISE DU CAPITALISME

(TEXTES ET DOCUMENTS)(2)

Les premières explications de la crise du capitalisme chez Marx remontent au Manifeste du parti communiste rédigé en collaboration avec Engels dans les années 1847-1848. Mais la théorie marxiste de la crise se trouve dans le Capital. qu’est-ce qu’une crise chez Marx ? Une crise économique est provoquée par la surproduction de marchandise qui, sur le marché, conduit à la mévente et à la chute des prix(en réalité il faudra dire la valeur des marchandises, c’est-à-dire la quantité de travail incorporée dans la marchandise et qui est la source de la valeur).  La crise, et comme les microbes, reste invisible à l’œil nu dans le sens où il n’y a pas quelque chose de matérielle en soi qui s’appelle crise. Un premier symptôme de la crise est l’arrêt dans l’augmentation de l’indice de la production industrielle, son fléchissement puis sa chute brutale. Le deuxième symptôme de la crise est le licenciement massif de salariés et la faillite de capitalistes qui ferment leurs usines en délocalisant les lieux de production dans des pays où la main-d’œuvre est bon marché. Le troisième symptôme de la crise est la crise financière et monétaire. Ceux qui s’agitent actuellement pour trouver une issue à la crise financière actuelle se trompent de diagnostic, car ils prennent le symptôme pour la cause du mal et c’est pourquoi leurs milliards dilapidés n’auront aucun effet sur la crise actuelle qui est au fond une crise économique structurelle, celle du capitalisme, c’est-à-dire la surproduction d’un côté et la sous-consommation de l’autre. Soigner la cause du mal, ce n’est pas dépenser des milliards pour sauver des banquiers, c’est donner du pouvoir d’achat aux salariés pour pour pouvoir acheter toute la déchetterie produite par l’industrie.

MANIFESTE DU PARTI COMMUNISTE

Rédigé par Marx et Engels de décembre 1847 à janvier 1848. Paru en brochure séparée en langue allemande en février 1848

… L'ancien mode d'exploitation féodal ou corporatif de l'indus­trie ne suffisait plus aux besoins qui croissaient sans cesse à mesure que s'ouvraient de nouveaux marchés. La manufacture prit sa place. La moyenne bourgeoisie industrielle supplanta les maîtres de jurande; la division du travail entre les différentes corporations céda la place à la division du travail au sein de l’atelier même.

 

Mais les marchés s'agrandissaient sans cesse: la demande croissait toujours. La manufacture, à son tour, devint insuffisante. Alors, la vapeur et la machine révolutionnèrent la production industrielle. La grande industrie moderne supplanta la manufacture; la moyenne bourgeoisie industrielle céda la place aux millionnaires de l'industrie, aux chefs de véritables armées industrielles, aux bourgeois modernes.

 

La grande industrie a créé le marché mondial, préparé par la découverte de l'Amérique. Le marché mondial accéléra prodigieusement le développement du commerce, de la navigation, des voies de communication. Ce développement réagit à son tour sur l'extension de l'industrie; et, au fur et à mesure que l'industrie, le commerce, la navigation, les chemins de fer se développaient, la bourgeoisie grandissait, décuplant ses capitaux et refoulant à l'arrière-plan les classes léguées par le moyen âge.

 

La bourgeoisie, nous le voyons, est elle-même le produit d'un long développement, d'une série de révolutions dans le mode de production et les moyens de communication...

 

La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux, Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement con­tinuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système ­social,  cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d’envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réci­proques avec des yeux désabusés.

 

Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations.

 

Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au grand désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale. Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore chaque jour. Elles sont supplantées par de nouvelles industries, dont l'adoption devient une question de vie ou de mort pour toutes les nations civilisées. industries qui n'emploient plus des matières premières indigènes, mais des matières premières venues des régions les plus lointaines, et dont les produits se consomment non seule­ment dans le pays même, mais dans toutes les parties du globe. A la place des anciens besoins, satisfaits par les produits nationaux, naissent des besoins nouveaux, réclamant pour leur satis­faction les produits des contrées et des climats les plus loin­tains. A la place de l'ancien isolement des provinces et des nations se suffisant â elles-mêmes se développent des relations uni­verselle, une interdépendance universelle des nations. Et ce qui est vrai de la production matérielle ne l'est pas moins des produc­tions de l'esprit. Les oeuvres intellectuelles d'une nation devien­nent propriété commune de toutes. L'étroitesse et 1'exclusi­visme nationaux deviennent de jour en jour plus impossibles; multiplicité des littératures nationales et locales naît une littérature universelle.

 

Par le rapide perfectionnement des instruments de production et l’amélioration infinie des moyens de communication, la bourgeoisie entraîne dans le courant de la civilisation jusqu'aux nations les plus barbares. Le bon marché de ses produits est la grosse artillerie qui bat en brèche toutes les murailles de Chine et contraint à la capitulation les barbares les plus opiniâ­trement hostiles aux étrangers. Sous peine de mort, elle force toutes les nations à adopter le mode bourgeois de production ; elle les force à introduire chez elles la prétendue civilisation. c'est-à-dire à devenir bourgeoises. En un mot, elle se façonne un monde à son image…

 

…La bourgeoisie supprime de plus en plus l'émiettement des moyens de production, de la propriété et de la population. Elle â aggloméré la population, centralisé les moyens de production et concentré la propriété dans un petit nombre de mains. La conséquence fatale de ces changements a été la centralisation politique. Des provinces indépendantes, tout juste fédérées entre elles, ayant des intérêts, des lois, des gouvernements, des tarifs douaniers différents, ont été réunies en une seule nation, avec un seul gouvernement, une seule loi, un seul intérêt national de classe, derrière un seul cordon douanier.

 

La bourgeoisie, au cours de sa domination de classe à peine séculaire, a créé des forces productives plus nombreuses et plus colossales que l'avaient fait toutes les générations passées prises ensemble. La domestication des forces de la nature, les machines. l'application de la chimie à l'industrie et à l'agriculture, la navigation à vapeur, les chemins de fer, les télégraphes électri­ques, le défrichement de continents entiers, la régularisation des fleuves, des populations entières jaillies du sol - quel siècle antérieur aurait soupçonné que de pareilles forces productives dorment au sein du travail social?...

 

À la place s'éleva la libre concurrence, avec une constitution politique appropriée, avec la suprématie économique de la classe bourgeoise.

 

Nous assistons aujourd'hui à un processus analogue. Les conditions bourgeoises de production et d'échange, le régime bour­geois de la propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d'échange, res­semble au magicien qui ne sait plus dominer les puissances in­fernales qu'il a évoquées. Depuis des dizaines d'années, l'histoire de l’industrie et du commerce n'est autre chose que l'histoire de la révolte des forces productives modernes contre les rapports modernes de production, contre le régime de propriété qui conditionnent l'existence de la bourgeoisie et sa domination. Il suffit de mentionner les crises commerciales qui, par leur retour pério­dique, menacent de plus en plus l'existence de la société bourgeoise. ­Chaque crise détruit régulièrement une masse de produits déjà créés, mais encore une grande partie des forces productives déjà existantes elles-mêmes. Une épidémie qui, à tout autre époque, eût semblé une absurdité, s'abat sur la société- l'épidémie de la surproduction. La société ses trouve subitement ramenée à un état de barbarie momentanée; on dirait qu’une famine, une guerre d'extermination lui ont coupé tous ses moyens de subsistance ; l'industrie et le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de moyens de subsistance, trop d'industrie, trop de com­merce. Les forces productives dont elle dispose ne favorisent plus le régime de la propriété bourgeoise; au contraire, elles sont devenues trop puissantes pour ce régime qui alors leur fait obstacle ; et toutes les fois que les forces productives sociales triomphent de cet obstacle, elles précipitent dans le désordre la société bourgeoise tout entière et menacent l'existence de la propriété bourgeoise. Le système bourgeois est devenu trop étroit pour contenir les richesses créées dans son sein. Com­ment la bourgeoisie surmonte-t-elle ces crises? D'un côté, en détruisant par la violence une masse de forces productives; de l’autre, en conquérant de nouveaux marchés et en exploitant plus les anciens. À quoi cela aboutit-il? A préparer des crises générales et plus formidables et à diminuer les moyens de les prevenir.

 

Les armes dont la bourgeoisie s'est servie pour abattre la féodalité se retournent aujourd'hui contre la bourgeoisie elle-même.

 

Mais la bourgeoisie n'a pas seulement forgé les armes qui la mettront à mort; elle a produit aussi les hommes qui manieront ces armes - les ouvriers modernes, les prolétaires…

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