POUR EN FINIR AVEC LE CAPITALISME ET L'ARCHEO-LIBERALISME

Publié le par ELMIR

POUR EN FINIR AVEC LE CAPITALISME ET L’ARCHÉO-LIBÉRALISME(Première partie)

Au milieu des années 1970, les sociétés occidentales commençaient à goûter à la musique douce de l’archéo-libéralisme et du laisser-faire (traduction « la nouvelle économie libérale »), un libéralisme chaloupé, un libéralisme au pas de l’oie. Cette mise en musique était assurée par une intelligentsia, chienne de garde du capitalisme mondial dont la mission consistait à promouvoir et à vendre la loi de la jungle sociale, c’est-à-dire, la loi du marché sous couvert de la démocratie et des droits de l’Homme. Indéniablement, les apôtres de l’archéo-libéralisme avaient alors le vent en poupe à juger par le succès rencontré tant sur le plan médiatique que sur le plan académique. Comme tous les étudiants de la fin des années 1970 et début 1980, j’ai été amené à lire l’ouvrage de Henri Lepage avec un titre un peu provocateur à élan messianique et millénariste «Demain le capitalisme ». Dans ce livre de Lepage, dont l’auteur fut l’importateur et le vulgarisateur en France des thèses des nouveaux économistes de l’Ecole de Chicago et du Public Choice, j’ai relevé une phrase qui résume parfaitement la philosophie et l’esprit de l’archéo-libéralisme : « L’idée étant que la plupart des maux de société qui sont aujourd’hui(en 1978) dénoncées tiennent bien davantage aux excès d’intervention de l’Etat dans la vie économique et sociale contemporaine qu’à la logique de l’économie de marché, aujourd’hui tant vilipendée »(p.417). Cette idée que tous les maux de la société sont causés par l’Etat a fait son chemin depuis trente ans et elle s’est propagée comme une traînée de poudre un peu partout dans le monde en envahissant déferlant, après les dictatures militaires d’Amérique et notamment le Chili de Pinochet sur l’Europe, comme en France avec la politique économique de Raymond Barre et ses plans de libéralisation de l’économie, en Grande-Bretagne avec Margaret Thatcher en 1979 et aux Etats-Unis avec Ronald Reagan. Le point commun de ces politiques est le renforcement des féodalités financières, la restauration de la loi du marché et la réhabilitation de la loi du profit érigée en loi d’intérêt général. Selon Michel Albert, alors commissaire au Plan, « les profits d’aujourd’hui sont l’investissement de demain, donc l’emploi d’après-demain. »

Aujourd’hui, en septembre 2008, trente ans après cette hyper escroquerie intellectuelle, l’heure du verdict a sonné. C’est la faillite à la fois d’un système, le capitalisme et d’une idéologie l’archéo-libéralisme. Ce constat est sans appel quand le gouvernement fédéral américain(le trésor public et la FED(banque de réserve fédérale, l’équivalent banque centrale) est obligé d’intervenir pour sauver de la faillite des banques et des sociétés d’assurance et tout cela à coup de milliards de dollars et aux frais des contribuables évidemment. Le concessionnaire en France de l’archéo-libéralisme Henri Lepagne comparait alors la « nouvelle économie libérale », à une véritable « révolution scientifique ». Qui aurait pu s’imaginer, il y a encore quelques mois, sauf les marxistes, un tel scénario catastrophe où des grandes banques réputées jusqu’alors infaillibles et invulnérables allaient s’écrouler comme un château de cartes poussant ainsi l’Etat à intervenir pour empêcher l’éffondrement de l’ensemble du système financier ? Mais alors, les gardiens du dogme archéo-libéral nous ont toujours dit que les maux de nos sociétés viennent de l’Etat, ou de trop d’Etat. Comment est-il possible de soigner le mal(la crise financière) par le mal(l’Etat) ? Eh oui, comme on inocule du poison pour prémunir l’organisme de la morsure du serpent, l’Etat qui a montré dans cette crise sa véritable nature de serviteur des monopoles et des intérêts des monopoles et des capitalistes était comme toujours au rendez et il n’a pas lésiné sur les moyens pour venir au secours de banquiers aux abois en ouvrant généreusement ses guichets et dépensant sans compter, des milliards de dollars et d’euros et sans se demander qui va finalement payer la facture et si cette générosité publique suffira en fin de compte pour sauver un système d’une crise qui est beaucoup plus profonde que la simple faillite des grandes banques de Wall Strett. Les Etats-Unis, d’où la crise était partie, ont toujours été perçus comme la patrie de la libre entreprise et le berceau du capitalisme sauvage, cette terre promise et ce paradis terrestre nommé le rêve américain, l’American Dream. Mais cette Amérique-là qui a fait tant rêver est devenue aujourd’hui une terre cauchemardesque pour des millions de propriétaires expulsés de leurs maisons pour incapacité d’honorer leurs échéances mais aussi pour quelques grands capitalistes de la planète qui ont perdu à la bourse une infime de leurs fortunes amassées depuis plus d’un quart de siècle de libéralisme débridé. Sans parler bien entend des millions de pauvres vivant en dessous du seuil de la pauvreté. Ironie de l’histoire, les Etats-Unis qui avaient fomenté en 1973 le coup d’Etat contre Salvador Allende renversé après avoir nationalisé le secteur bancaire et financier et les mines de cuivre, font exactement la même chose en nationalisant des banques et des sociétés d’assurance en faillite.  Si Milton Friedman, le conseiller de Pinochet et l’économiste le plus écouté au monde, voyait ce qui st adevenu aujourd’hui de l’oncle SAM,il aurait fait sûrement appel à l’armée comme au Chili en 1973 pour renverser le gouvernement socialo-bolchevique mené par le trio Henri Paulsen(secrétaire au trésor), Ben Bernanke(directeur de la Fed) et Bush(j’ai délibérément mis Paulsen en premier, car c’est lui qui est devenu aujourd’hui de facto le président des Etats-Unis). Réveille-toi, Milton, ton fils David et tes disciples sont en ce moment désorientés et ils ne savent pas sur quel pied danser. Viens vite à leur secours avec tes inepties monétaristes ! Réveille-toi, Milton, les gardiens du temps libéral sont devenus fous en instaurant au pays de l’oncle SAM, le bolchevisme, le socialisme et le collectivisme. Mais, cher Milton, rassure-toi, ce n’est qu’une partie remise, car tes potes, les politiciens véreux chèrement arrosés par le grand capital n’abandonneront jamais tes potes, les grands capitalistes qui te doivent tant et ils sauront le moment venu comment faire pour les tirer de cette mauvaise passe comme ils l’ont déjà fait dans le passé. De ce côté-là, tu peux compter sur l’indéfectible soutien d’une classe politique corrompue pour éviter le pire. Comment faire ? Tu connais maintenant la musique : on nationalise les pertes et on privatise les bénéfices. Les Etats capitalistes nationaliseront, comme par le passé, les sociétés et les banques en faillite. Comme tu le sais, cher Milton, le monde des finances et des affaires, n’est de la science exacte. Tu n’es pas censé ignorer, cher Milton, parfois tes potes de la haute finance ou des capitaines d’industrie font de mauvaises affaires et ça leur arrive de temps en temps comme tous les mortels. Mais heureusement pour eux et malheureusement pour le commun des mortels, l’Etat est là pour venir à leur secours le moment venu. En effet, après une période de convalescence économique et financière, l’Etat les refile aux capitalistes(aux actionnaires). Cela passe comme une lettre à la poste. Pas besoin d’un long discours. Une bonne campagne axée sur la diversion, la stigmatisation, la culpabilisation ou l’auto-culpabilisation et la moralisation suffira. Pour justifier le détournement de l’argent public pour sauver des intérêts capitalistes en danger, on commencera par dégainer, comme toujours, à l’intention de l’opinion publique, l’arme chérie des archéo-libéraux « l’esprit d’initiative» et « l’esprit d’entreprendre », « l’esprit du risque ». Quant aux victimes actuelles et potentielles du capitalisme et les spoliés des mésaventures du capital, on leur mijote comme d’habitude des recettes pour les diviser et les dresser les uns contre les autres. Les thèmes de la propagande sont aujourd’hui archi connus : on dresse ceux qui travaillent contre les chômeurs, les pauvres et les laissés pour compte, présentés comme des gens paresseux, des fainéants, des flâneurs, des profiteurs d’un système, des nantis et généralement comme des populations qui meurent de bonheur et de bien-être. La propagande officielle leur explique que tout ce qui leur arrive, c’est de leur faute et elle met leur indigence matérielle et mentale sur le compte de la fatalité et des aléas de l’existence, en martelant cette formule magique mais ô combien réductrice les « accidents de la vie ». En fin de compte, la propagande officielle suggère aux chômeurs, aux pauvres et aux laissés-pour-compte de garder espoir et de s’armer de patience, de courage et de stoïcisme. Grâce à une intense campagne de culpabilisation des classes exploitées, nos capitalistes pourront détourner à leur profit l’argent public en toute impunité pour éponger leurs pertes et ils n’auront rien perdu au change, bien au contraire, puisqu’ils auront récupéré des entreprises réchappées et revigorées financièrement et qu’ils pourront ainsi répartir de bon pied pour faire à nouveau de super profits avant la prochaine rechute. C’est ce pillage systématique de l’argent public qui a permis jusqu’ici aux capitalistes de traverser tant de crises et tant d’épreuves mais pour combien de temps encore ? Mais, les choses telles qu’elles se présentent sont mal engagées et les conditions actuelles ne se prêtent guère à l’optimisme et cela pour plusieurs raisons dont nous énumérons quelques unes dans un instant.

La débandade des grandes institutions financières aux Etats-Unis  et l’appel à l’intervention des Etats capitalistes pour nationaliser des banques en faillite tombent comme un coup de massue sur la tête d’une intelligentsia vassalisée qui a été infestée par le virus archéo-libéral et qui assiste aujourd’hui impuissante et ébahie face au spectacle de la déconfiture d’une idéologie dont elle était, rappelons-le au passage, le propagateur, le support indéfectible et l’ardent défenseur depuis la fin des années soixante-dix du siècle dernier. Ces apôtres de l’archéo-libéralisme de tout poil, philosophes français de supermarchés ( les BHL, Finkelkraut, Glucksmanon, Ferry, Renault dont les livres-minute sont exposés dans « l’espace culturel » des Leclerc, Auchan, Carrefour etc), classe politique, opportuniste, corrompue et véreuse, journalistes des mass medias servant de porte-voix de leur maître le grand capital, on ne les a pas entendu, depuis deux semaines, s’exprimer la faillite retentissante des grandes américaines, sur la crise boursière, sur la nationalisation de Fannie et de Freddie(voir notre article sur les blogs, le dogme libéral et la nationalisation de Fannie et de Freddie), et sur le SOS lancé par les grands capitalistes de la planète au trésor américain et à la Banque de réserve fédérale pour venir en aide à des banques et des sociétés d’assurance en état de faillite. Ces apôtres de l’archéo-libéralisme n’ont pipé un seul mot sur les conséquences de la doctrine laisser-passer qu’ils professaient  et sur cette escroquerie intellectuelle sur la fonction régulatrice de la loi du marché présentée jadis comme une loi scientifiquement prouvée et comparable à la loi de l’inertie de Galilée ou à la loi de la gravitation universelle de Newton. Sur cette crise qui s’amplifie jour après jour et qui se révèle décisive pour les sociétés capitalistes, c’est le silence radio. Après la chute du mur de Berlin, les archéo-libéraux nous promettaient pourtant la fin de l’histoire (Fukuyama) si ce n’est la fin du monde après la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989 et après la chute des régimes communistes européens. Dix-neuf ans plus tard, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si la chute du mur de Berlin et des régimes communistes annonçaient la fin d’une époque avec la chute du bloc soviétique et le début d’une autre, le triomphe définitif du capitalisme qui marque la fin de l’histoire. Dans un livre publié en 1999, Immanuel Wallerstein dresse un autre diagnostic de l’état du monde post soviétique quand il écrit ceci  « La chute des  régimes communistes ne marquait pas le triomphe du libéralisme mondial mais plutôt l’annonce de déchéance définitive »(éditions de l’aube, 2005, 2ème édition. P.7) 

Malgré la découverte de leur escroquerie intellectuelle, les apôtres de l’archéo-libéralisme ne s’avouent pas pour autant vaincus, bercés comme toujours par l’idée que le capitalisme qui a pu surmonter dans le passé toutes les crises et qu’il s’est même offert le luxe d’éliminer son concurrent soviétique après 70 ans de régime communiste, est toujours capable de vaincre et de surmonter la crise actuelle. Ils pensent que les turbulences financières sont une crise passagère, qu’ielle est en train d’être résorbée à coup de milliards de dollars annoncés par le plan Paulsen et grâce à la générosité des gouvernements libéraux européens et que le pire est déjà derrière eux. Nous leur disons, Messieurs, vous vous trompez et vous faites des illusions, car s’il est vrai que le capitalisme a pu surmonter toutes les crises, la question qui se pose immédiatement: à quel prix et comment ? Acculé au problème de la baisse tendancielle du taux de profit, le capitalisme s’est transformé en impérialisme conquérant qui a laissé exsangue tout un continent, en l’occurrence l’Afrique, malgré ses énormes richesses naturelles. Après l’impérialisme, ce sont deux guerres mondiales qui ont laissé sur les champs de bataille des centaines de millions de morts sans parler de toutes les guerres locales et régionales survenues dans le monde après la Seconde Guerre mondiale dont les deux dernières en date sont celles d’Afghanistan et d’Irak. Ce sont donc l’impérialisme et les gigantesques destructions en vies humaines et en ressources matérielles entraînées par les deux guerres mondiales qui ont sauvé jusqu’ici le capitalisme d’une mort annoncé. Autrement dit, c’est l’économie de la mort qui a sauvé l’économie capitaliste d’une mort annoncée. En sera-t-il toujours ainsi aujourd’hui et à l’avenir ?  c’est à cette question que nous allons répondre dans notre prochain article.

 

FAOUZI ELMIR

Mots-clés : capitalisme, crise, archéo-libéralisme

Publié dans LIBERALISME

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