QUAND LA MINISTRE DE L'INTERIEUR SE TROMPE DE COUPABLE

Publié le par ELMIR

QUAND LA MINISTRE DE L'INTÉRIEUR SE TROMPE DE COUPABLE

 

Le 24 mars 2008, Bruno Guigue publie sur Internet un article intitulé « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l'ONU », en réponse à un point de vue exprimé par des intellectuels favorables à la politique israélienne et publié dans le journal le Monde. Les signataires de l'article accusent l'ONU d'être contre les droits de l'homme et développent un argumentaire tendant à faire un amalgame entre l'Islam et le terrorisme. Ce droit de réponse de Bruno Guigue lui a valu la révocation par la ministre de l'Intérieur de son poste de sous-préfet à Saintes pour « manquement au devoir de réserve » d'un fonctionnaire, une révocation prenant effet après la signature du décret par le premier ministre et le président de la république.

 

Deux jours après la publication de l'article incriminé de Bruno Guigue, le 27 mars, le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU réuni à Genève a adopté 6 résolutions dont une relative « à la lutte contre la diffamation des religions et en particulier sur les incidences graves de l'islamophobie sur l'exercice de tous les droits ». Ce projet de résolution a été présenté par le Pakistan au nom de l'organisation de la conférence islamique(OCI) a été adopté par 21 voix contre 10 dont l'Union européenne et 14 abstentions.

 

Le texte de la résolution dit déplorer « l'utilisation de la presse écrite, des médias audiovisuels et électroniques y compris l'internet et de tout autre moyen afin d'inciter à des actes de violence, à la xénophobie ou à l'intolérance qui y est associée et à la discrimination à l'égard de l'Islam ou de toute autre religion ». Par ailleurs, le Conseil se montre préoccupé « par les tentatives visant à associer l'islam avec le terrorisme, la violence et la violation des droits. Il note avec une vive inquiétude l'intensification de la campagne de diffamation des religions, et la désignation des minorités musulmanes selon des caractéristiques ethniques et religieuses depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001. Le Conseil se déclare aussi préoccupé par les lois ou les mesures administratives qui ont spécifiquement conçues afin de « contrôler » et « surveiller » les minorités musulmanes et arabes, les stigmatisant ainsi encore davantage et légitimant la discrimination dont elles sont victimes » L'initiatrice du projet de résolution, la pakistanaise Mme Themina Janjua a justifié son projet de résolution par la multiplication des manifestations de l'islamophobie, par des faits et des actes dûment prouvés et démontrés par les rapporteurs spéciaux. A titre d'exemple, elle a montré qu'au Royaume Uni, l'Islam est considéré comme une religion barbare et qu'après le 11 septembre 2001, les musulmans ont été l'objet de discrimination de par le monde. Cette manifestation de diffamation touche exclusivement l'Islam et ne concerne pas les autres religions. Elle a aussi fustigé le délit de faciès dont sont victimes les musulmans et elle a conclu que son projet porte sur la diffamation des religions en général et de l'Islam en particulier dans le monde aujourd'hui.

 

Par la voix de sa déléguée allemande, Mme Brigitta Maria Siefker-Eberle, l'Union Européenne a justifié son vote contre le projet de résolution par l'absence de mention d'autres religions que l'Islam comme le judaïsme, le christianisme et les religions et croyances venues d'Asie ainsi que les personnes sans religion. Le délégué du Canada a estimé quant à lui que le lien n'est nullement établi entre discrimination fondée sur la religion et le racisme. On ne voit pas comment ce délégué a pu séparer discrimination raciale et religieuse et racisme qui sont les deux formes d'un même phénomène, l'exclusion de l'autre et de celui qui est différent. Si ce même délégué avait dit que le lien n'était nullement établi entre le meurtre de 6 millions de juifs et une politique délibérée conçue exclusivement par les nazis pour les exterminer à cause de leur origine ou de leur race, il serait sans aucun doute condamné par les tribunaux pour négationnisme comme l'ont été les Faurisson.

 

En somme, cette résolution tombe à point nommé pour rappeler que les arguments opposés par Bruno Guigue aux signataires de l'article dans le Journal du monde visant à créer un amalgame entre islam et terrorisme étaient aussi ceux de la majorité des États membres du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU. Le jour même du vote de la résolution, une preuve supplémentaire du regain de l'islamophobie dans le monde occidental vient de s'ajouter avec la diffusion sur internet du film réalisé par le député hollondais Geert Wilders, le « Fitna » montrant entre autres scènes, celle de la violence faite aux femmes dans l'islam. Est-ce cependant un hasard si l'argument de la violence aux femmes musulmanes utilisé par Geert Wilders dans son film, Fitna, est aussi celui des signataires de l'article dans le journal le Monde? Au lieu de trouver le parfait bouc émissaire en la personne de Bruno Guigue, n'eût-il pas plus judicieux et plus crédible pour la ministre de l'Intérieur de chercher d'abord s'il n'y a lieu de poursuivre le journal le Monde et les auteurs de l'article publié dans ce journal pour incitation à des actes de violence, à la xénophobie ou à l'intolérance par l'utilisation de la presse écrite ?

ARTICLE A DEVELOPPER

FAOUZI ELMIR

 

Mots-clés : Conseil des droits de l'homme, ONU, islamophobie.

Publié dans poltique France

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